On connaît la personne qui nettoie les toilettes : une start-up marseillaise transforme l’urine en engrais agricole

C’est une idée étonnante qui a germé dans la tête de deux ingénieurs. Après avoir créé leur start-up à Marseille, ils ont commencé leurs tests en récoltant l’urine rejetée par des festivaliers et des touristes.

Récupérer de l’urine pour en faire un engrais agricole, voilà un projet à la fois innovant et traditionnel, puisqu’il était pratiqué jusqu’à la fin du XXe siècle. À Marseille, l’entreprise Ehotil collecte puis transforme la précieuse denrée collectée lors d’un festival ou issue de toilettes sèches.

Au mois de juin, pendant les trois jours du festival Marsatac, le président et le directeur d’Ehotil ont collecté les urines des festivaliers. « Nous connaissons la personne qui lave les toilettes », confie Stéfane de Lacroix, le président de l’entreprise.

8 m² d’urine, soit 8 000 litres, sont ainsi captés. Le liquide est traité en un ou deux jours. La collecte est également mise en place dans trois toilettes sèches, aux portes des calanques de Marseille.

En 2023, lorsque l’idée est évoquée, l’entourage est sceptique : « c’est rigolo » ou « c’est pipi-caca ». Les deux ingénieurs persistent. Le précieux liquide est désormais stocké dans des cuves au sein de l’entreprise, où travaillent cinq personnes.

La transformation reste confidentielle car un brevet est en cours de dépôt. D’autres entreprises travaillent sur le même projet, « mais nous sommes les plus avancés », affirme Stéphane de Lacroix.

L’urine est considérée comme un déchet. En produisant localement, le bilan carbone de l’entreprise marseillaise est inférieur à celui des engrais chimiques. Cependant, le prix pratiqué sera 4 ou 5 fois plus élevé que celui des engrais chimiques.

« Il faut qu’on passe au stade de l’industrialisation pour baisser nos tarifs. À cause de la guerre en Ukraine, et surtout du blocage du détroit d’Ormuz, le prix de l’engrais a bondi, de 300 à 1 900 € la tonne. »

L’explosion d’AZF à Toulouse en 2001 a été causée par des engrais, tout comme l’explosion à Beyrouth en 2020. Cependant, ces incidents concernaient des engrais solides, susceptibles d’être dangereux.

Pour supprimer tout danger, il faut stabiliser l’urine, éviter son évaporation et supprimer son odeur désagréable. Ehotil n’en est pas encore là. Son engrais n’est pas encore vendu aux agriculteurs, même si une liste d’attente s’allonge.

Source : France 3 Régions

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