Découverte d’un lien surprenant entre la sérotonine et la maladie des valves cardiaques
Une étude récente publiée en 2023 a révélé que la sérotonine, souvent associée à l’humeur, au sommeil et à la digestion, pourrait également influencer le fonctionnement de la valve mitrale, une structure essentielle lors de chaque battement de cœur. Cette recherche, menée par des scientifiques de l’Université de Columbia en collaboration avec le Pediatric Heart Valve Center de l’Hôpital pour enfants de Philadelphie, l’Université de Pennsylvanie et l’Institut de cardiologie de la Vallée, a mis en évidence que l’activité réduite du transporteur de la sérotonine pourrait accélérer les changements néfastes dans les valves déjà affectées par la régurgitation mitrale dégénérative (RMD).
La valve mitrale, située entre l’oreillette gauche et le ventricule gauche du cœur, joue un rôle crucial en empêchant le reflux du sang. La RMD est l’une des formes les plus courantes de maladie des valves cardiaques. À me que le tissu valvulaire dégénère, les flaps fins qui devraient se rencontrer peuvent s’épaissir, s’étirer ou perdre leur forme normale, entraînant un reflux sanguin dans l’oreillette gauche. Cela peut augmenter la pression vers les poumons et réduire le flux de sang oxygéné.
Les médicaments peuvent atténuer les symptômes, mais ne peuvent pas inverser la dégénérescence sous-jacente de la valve mitrale. Giovanni Ferrari, directeur scientifique du programme de recherche cardiothoracique à Columbia, souligne que si la dégénérescence devient sévère, une intervention chirurgicale pour réparer ou remplacer la valve est nécessaire.
L’étude, soutenue par le National Heart, Lung, and Blood Institute, a révélé que l’utilisation d’inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS), comme la fluoxétine (Prozac) et la sertraline (Zoloft), était associée à une progression plus rapide de la RMD nécessitant une chirurgie à un âge plus précoce. Bien que cette association ait été observée, elle ne prouve pas un lien de cause à effet.
Les chercheurs ont également identifié des variantes génétiques dans le gène du transporteur de la sérotonine qui pourraient influencer l’activité de ce dernier dans les cellules de la valve mitrale. Une variante « longue » a été associée à une activité réduite, ce qui pourrait rendre certaines valves plus vulnérables à la dégradation.
Les résultats suggèrent qu’un simple test ADN pour évaluer l’activité du transporteur de la sérotonine pourrait aider à identifier les patients nécessitant une surveillance plus étroite ou une intervention chirurgicale plus précoce. Cependant, cette approche nécessite encore des études cliniques pour valider son efficacité.
Cette recherche ouvre de nouvelles perspectives sur la compréhension de la maladie des valves cardiaques et sur l’importance potentielle de la sérotonine au-delà de son rôle traditionnel dans le système nerveux.
Source : Science Translational Medicine, 2023.
