Pour sauver leurs emplois, ces salariés proposent un plan pour transformer leur fonderie et recycler le cuivre français localement

Pour sauver leurs emplois, ces salariés proposent un plan pour transformer leur fonderie et recycler le cuivre français localement

Alors que 117 emplois (soit la moitié des effectifs) sont menacés au sein de l’usine HME de Boisthorel à Rai, dans l’Orne, les syndicats défendent un projet de reconversion vers le recyclage de cuivre. L’actionnaire chinois Hailiang doit désormais se prononcer sur cette alternative.

La direction de l’entreprise HME prévoit de supprimer 117 emplois dans sa fonderie de Boisthorel, spécialisée dans la fabrication de laiton, selon la CGT Métallurgie, le 17 juillet 2026. Le site compte actuellement 220 salariés. Cette annonce survient après la clôture des négociations sur le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) entamées en avril.

Le groupe Hailiang, propriétaire de l’usine depuis 2019, avait annoncé en avril la suppression de la moitié des effectifs en vue d’une réorientation industrielle pour « s’adapter aux évolutions de ses marchés » et « asr la pérennité de ses activités ». Le plan de la direction est de transformer l’usine en site de recyclage de cuivre, afin de faire face au déclin du marché du laiton.

La CGT Métallurgie a rendu public un plan de relance alternatif visant à conserver l’intégralité des emplois sur le site tout en se reconvertissant dans le recyclage industriel de cuivre. La fonderie de Boisthorel est le principal employeur à Rai, une commune de 1 430 habitants où le taux de chômage frôle les 25 %, soit 17 points au-dessus de la moyenne nationale. L’annonce des suppressions de postes a été perçue comme un coup de massue. Fabien Fauquet, le maire de la commune, a commenté : « Ça va impacter énormément de familles. C’est une catastrophe pour Rai, pour le territoire, pour les commerçants, pour les écoles. »

Dans son plan de reconversion, la CGT propose de transformer le site de Boisthorel en centre majeur de valorisation du cuivre, soulignant un déséquilibre entre le gisement de déchets collectés et la capacité de traitement locale. Ce plan a reçu le soutien de la Confédération générale des cadres (CFE-CGC) et d’élus locaux.

Jean-Pierre Guérin, représentant des salariés au comité social et économique (CSE) de l’usine, a reconnu que la production de laiton traverse une période difficile, avec seulement 5 % du marché national des métaux concerné par ce matériau. Cependant, il estime que le site ne devrait pas nécessairement perdre la moitié de ses salariés. Il défend l’idée d’un investissement permettant de produire des matériaux à plus forte valeur ajoutée.

La France importe davantage de cuivre qu’elle n’en exporte, avec un déficit commercial pour les produits en cuivre estimé à plus d’un milliard d’euros. Le projet du syndicat repose sur l’installation d’un four industriel spécialisé pour fabriquer des produits en cuivre, comme des tubes et des bandes plates. Jean-Pierre Guérin a déclaré : « Pourquoi ne pas fabriquer du tube ici, plutôt que de l’importer ? »

Le projet défendu par les syndicalistes s’appuie également sur la hausse attendue des besoins en cuivre, notamment en raison de l’électrification des usages. La CGT estime que Boisthorel pourrait trouver sa place dans cette nouvelle filière en recyclant des déchets de cuivre, dont 70 % sont actuellement recyclés à l’étranger.

Le projet a été présenté aux élus locaux, au Conseil régional de Normandie et au ministère de l’Économie. Véronique Louwagie, présidente de la communauté de communes du Pays de L’Aigle, a souligné l’importance de mobiliser les dispositifs publics pour soutenir cette initiative.

La question centrale reste l’engagement de l’actionnaire chinois. La CGT estime qu’un investissement de 10 millions d’euros serait nécessaire pour développer une production de cuivre transformé. Cependant, le groupe Hailiang n’a pas encore donné suite à cette proposition.

Les syndicats appellent à une mobilisation plus large des pouvoirs publics pour intervenir auprès du gouvernement chinois afin de soutenir la mise en place de cette filière cuivre. Alors que les suppressions d’emplois restent à l’ordre du jour, les représentants des salariés espèrent encore convaincre l’actionnaire qu’une autre voie est possible.

Contactée, la direction de HME n’a pas répondu aux sollicitations au moment de la publication de cet article.

Source : CGT Métallurgie, France 3 Normandie.

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