Alzheimer : Des cellules immunitaires pourraient être dirigées depuis l’extérieur du cerveau
Des chercheurs ont découvert que des cellules immunitaires destructrices associées à la maladie d’Alzheimer pourraient recevoir des ordres de cellules situées en dehors du cerveau, plutôt que de l’intérieur. Dans une étude publiée le 3 septembre dans Nature Neuroscience, il a été démontré que la suppression d’une petite population de cellules immunitaires localisées dans les ganglions lymphatiques protège contre la neurodégénérescence chez des souris.
Depuis des années, les scientifiques se concentrent sur l’élimination de tangles protéiques toxiques, tels que l’amyloïde et le tau, du cerveau pour tenter de stopper la progression de la maladie d’Alzheimer, avec un succès limité. Cependant, le rôle du système immunitaire dans la neurodégénérescence reste encore flou, oscillant entre protection et antagonisme.
En 2023, le neurologue David Holtzman et ses collègues ont montré que les cellules T du système immunitaire s’accumulent autour des tangles de tau, ce qui suggère qu’elles pourraient causer des dommages. En empêchant l’entrée de ces cellules dans le cerveau, on a réduit l’inflammation et les dommages neuronaux.
Il n’était cependant pas clair comment ces cellules T accédaient au cerveau. Selon Rudolph Tanzi, neurogénéticien à la Harvard Medical School, une question majeure demeure : ces cellules T entrent-elles passivement dans le cerveau ou sont-elles préparées à le faire ?
Les cellules dendritiques, qui capturent des signatures de menaces cellulaires appelées antigènes et les présentent aux cellules T, jouent un rôle crucial. Dans cette étude, les chercheurs ont comparé deux groupes de souris génétiquement modifiées pour développer une neurodégénérescence liée au tau, l’un d’eux manquant de cellules dendritiques.
Les résultats montrent que les souris sans cellules dendritiques, bien qu’elles aient des cerveaux chargés de tau, étaient protégées contre la neurodégénérescence et réalisaient mieux des tâches cognitives. Elles présentaient également un nombre réduit de cellules T dans leurs cerveaux, indiquant que les tangles de tau ne sont pas les seuls responsables de la neurodégénérescence. Selon Holtzman, une grande partie des dommages causés par tau provient de la réponse inflammatoire qu’il déclenche.
Les chercheurs ont également constaté que peu de cellules dendritiques se trouvaient dans les cerveaux des souris. Ils ont détecté des protéines cérébrales imitant des menaces se déplaçant vers les ganglions lymphatiques, où les cellules dendritiques les utilisaient pour mobiliser les cellules T. En élevant des souris mutantes avec des cellules dendritiques moins actives, les chercheurs ont observé une réduction des cellules T dans le cerveau et une meilleure préservation des structures cérébrales.
Bien qu’il ne soit pas pratique de désactiver les cellules dendritiques dès la naissance chez les personnes à risque d’Alzheimer, Holtzman indique que ses collègues travaillent sur des cibles cellulaires susceptibles de les supprimer à l’âge adulte. Cette recherche pourrait ouvrir la voie à un traitement de la démence qui contourne la barrière hémato-encéphalique, un défi majeur pour l’administration de thérapies.
Source : Nature Neuroscience

