Partir ou être expulsés : des milliers d’Haïtiens ne sont plus les bienvenus aux États-Unis
Des centaines de milliers d’Haïtiens sont confrontés à la perspective de devoir quitter d’eux-mêmes les États-Unis ou d’être expulsés, suite à la révocation, le 27 juillet, d’un statut de protection temporaire (TPS) qui leur permettait depuis 2010 de vivre et de travailler légalement dans le pays.
« Vous ne pouvez pas bouger. Vous êtes comme un prisonnier, alors que vous n’avez rien fait de mal », déclare une travailleuse haïtienne du secteur de la santé, bénéficiant de ce statut depuis de nombreuses années. Le TPS protège ses bénéficiaires de l’expulsion et leur donne le droit de travailler, mais ne permet pas d’accéder à la résidence permanente ou à la citoyenneté américaine. Ce statut est accordé provisoirement aux immigrés dont la sécurité est menacée dans leur pays en raison de conflits, de catastrophes naturelles ou d’autres conditions « extraordinaires ».
Le mois dernier, la Cour suprême, à majorité conservatrice, a autorisé l’administration Trump à priver les quelque 350 000 Haïtiens et 6 000 Syriens bénéficiant du TPS. De plus, un sénateur républicain a bloqué une tentative des démocrates visant à prolonger cette protection pour les ressortissants haïtiens.
Environ 200 000 travailleurs aux États-Unis
Les bénéficiaires haïtiens du TPS représentent environ 200 000 travailleurs aux États-Unis, particulièrement dans les secteurs des soins, du bâtiment, des transports et de la restauration. Nancy Hagans, présidente d’un syndicat infirmier de l’État de New York, a averti que plusieurs milliers de ses membres ne pourront plus travailler légalement à partir de minuit. Son organisation conseille aux concernés de « mettre leurs papiers en ordre » et de retirer leur argent des banques, en prévision d’une éventuelle détention par les services fédéraux de l’immigration.
Les migrants d’une quinzaine de pays concernés
Lyne Lucien, artiste américano-haïtienne à New York, souligne que l’incertitude créée par cette décision est l’une des choses les plus difficiles à gérer. Les membres de la diaspora haïtienne craignent que des familles se retrouvent séparées et se demandent si retourner en Haïti est sûr ou réaliste, compte tenu des conditions actuelles.
Le pays, le plus pauvre des Amériques, fait face à des décennies de catastrophes naturelles, d’instabilité politique et de corruption. Haïti n’a pas connu d’élections depuis 2016, et son dernier président, assassiné en 2021, n’a pas été remplacé. Depuis le début de l’année 2024, une vague de violences perpétrées par des gangs a également frappé la capitale Port-au-Prince et les principales routes.
Depuis le retour de Donald Trump à la présidence en 2025, son administration a révoqué le TPS pour les migrants d’une quinzaine de pays, dont le Venezuela, le Nicaragua, le Honduras et la Somalie, menaçant ainsi plus d’un million d’immigrés d’expulsion. Certaines de ces décisions sont encore en cours de contestation judiciaire.
Avec AFP
