Des impacts de balle sur la nageoire d’une orque : « Quelqu’un avait l’intention de la tuer »
Madrid (Espagne), correspondance
La semaine dernière, l’orque Toñi, qui n’avait pas été observée depuis deux ans dans le détroit de Gibraltar, a été repérée avec une dizaine de bless sur sa nageoire dorsale, potentiellement causées par des impacts de plombs. Janek Andre, fondateur des associations We Whale et Iberian Orca Guardians, a exprimé son inquiétude : « Nous connaissons bien Toñi, nous étions avec elle il y a quelques semaines et ces bless n’étaient pas là. C’est désolant de voir cette situation. »
Toñi, née en 1968, est la plus ancienne matriarche connue de la population d’orques ibériques, surnommée la Abuela (grand-mère). Elle joue un rôle crucial pour la survie de cette communauté, qui compte moins de quarante individus et est classée en danger critique d’extinction par l’Union internationale pour la conservation de la nature.
« Une agression intentionnelle contre une espèce protégée »
Alfredo López, biologiste au Centre de coordination pour l’étude des mammifères marins, a déclaré : « Nous pensons qu’à un moment donné, quelqu’un est allé chercher une arme pour lui tirer dessus avec l’intention de la tuer. C’est une agression intentionnelle contre une espèce protégée. » Il a précisé que les bless à la nageoire dorsale ne sont généralement pas mortelles, sauf en cas de complications.
L’ONG Sea Shepherd a lancé un appel à témoins, offrant une récompense de 10 000 euros pour toute information liée à cet incident. Les autorités espagnoles ont également ouvert une enquête. La ministre de la Transition écologique, Sara Aagesen, a souligné que les actes portant atteinte à ces animaux peuvent être considérés comme un « délit grave », entraînant des amendes pouvant atteindre 2 millions d’euros.
Interactions croissantes entre orques et bateaux
Depuis plusieurs années, des interactions entre les orques du détroit de Gibraltar et des bateaux, notamment des voiliers, sont de plus en plus fréquentes. En juillet, un voilier français a coulé après avoir été percuté par des orques au large de La Corogne. Renaud de Stephanis, président de Circe, a noté que ces interactions ont commencé à augmenter en 2020, les jeunes orques s’approchant des bateaux pour jouer.
Pour l’année en cours, au moins 31 interactions ont été recensées dans le détroit de Gibraltar et le golfe de Cadix, contre 17 l’année précédente. Des experts craignent que l’augmentation de ces interactions pousse certaines personnes à s’en prendre à ces cétacés.
Mes de protection insuffisantes
Les autorités espagnoles ont recommandé de ne pas naviguer dans certaines zones pendant les mois d’avril à août, et en cas d’interaction, de ne pas arrêter le bateau mais de naviguer vers des eaux moins profondes. Cependant, ces mes sont jugées insuffisantes par plusieurs spécialistes, qui soulignent un manque de coordination entre les autorités et les ONG.
Alfredo López a suggéré que les orques devraient être classées comme une espèce en danger d’extinction dans la réglementation espagnole, afin d’instaurer des mes de protection plus efficaces. Il a ajouté que le trafic maritime intense et l’intérêt touristique dans la région compliquent la gestion de cette espèce.
Source : Reporterre



