Derrière les grandes fuites de données, des hackers souvent très jeunes
Jeunes adultes et parfois mineurs, ils revendiquent le piratage de millions de données personnelles. Après plusieurs semaines d’infiltration, l’Œil du 20 Heures a pu dialoguer avec des hackers français, entre quête de notoriété, argent facile et crainte permanente d’être arrêtés.
Ces individus, considérés comme les nouveaux ennemis publics numéro un, exploitent les failles des institutions les mieux protégées pour accéder à nos données personnelles. Les cyberattaques massives ciblant des millions d’abonnés à Free ainsi que les attaques contre des fédérations sportives et des services gouvernementaux tels que le ministère de l’Éducation nationale font régulièrement la une de l’actualité.
L’Œil du 20 Heures a réussi à infiltrer un groupe de discussion discret sur une plateforme en ligne où se rassemblent passionnés d’informatique et hackers. Sous le pseudo « KEV », des journalistes ont assisté à des échanges sans filtre sur des logiciels malveillants, notamment des rootkits. Les participants, souvent très jeunes, échangent des informations techniques tout en partageant des préoccupations personnelles, illustrant ainsi leur dualité entre vie quotidienne et activités illégales.
Au cours de cette infiltration, plusieurs hackers ont été identifiés, parmi lesquels « CZX », affirmant avoir volé des informations médicales de 15 millions de Français, « NormalLeVrai », qui diffuse des fichiers clients de SFR, et « Near », qui revend des bases de données de Leclerc. Ces jeunes, âgés de 16 à 22 ans, se disent motivés par la recherche de notoriété et l’argent, tout en reconnaissant avoir des compétences qu’ils utilisent pour des activités illégales.
Les gains financiers de ces hackers varient considérablement. Certains ne perçoivent presque rien, tandis que d’autres évoquent des sommes allant jusqu’à 50 000 euros, souvent en cryptomonnaies. Ils soulignent également que de nombreux sites français présentent des failles de sécurité, rendant certains piratages rapides et faciles.
Pour démontrer leurs compétences, des hackers ont montré un piratage en direct, accédant aux données personnelles d’une entreprise de transport de colis. Ils expliquent qu’une fois en possession de telles informations, il est possible de faire pression sur les victimes pour obtenir des révélations compromettantes.
Les autorités, notamment la brigade de lutte contre la cybercriminalité à Paris, surveillent de près ces activités. Fabrice Billot, chef de cette brigade, a confirmé que des arrestations ont été effectuées, y compris celle d’un des plus gros pirates français, « Exdex », impliqué dans de nombreuses fuites de données.
Ces hackers sont conscients des risques qu’ils encourent, notamment jusqu’à 7 ans de prison et 300 000 euros d’amende pour leurs actes, surtout lorsqu’il s’agit de piratages de sites gouvernementaux.
Source : Franceinfo