Ces collectivités bretonnes qui tentent l’arme tarifaire pour inciter leurs habitants à consommer moins d’eau
Après les canicules à répétition de 2026, une question revient sur toutes les tables : et si le prix de l’eau devenait l’outil pour forcer la sobriété ? En France, la facture moyenne s’élève à 563 € par an pour 120 m³, un montant qui pourrait grimper de 30 % à 50 % d’ici 2030 selon le réseau France Eau Publique. De plus en plus de collectivités testent le levier tarifaire pour économiser la ressource, avec des résultats contrastés.
Le principe de la tarification progressive, adopté par Eau du Bassin Rennais dès 2016, incite à consommer moins en faisant payer plus ceux qui consomment plus. « On était plutôt sur une tarification dégressive, où plus on consommait, moins on payait cher. C’est à l’encontre d’une prise de conscience de la rareté de la ressource », explique Ludovic Brossard, président de la collectivité. Dix mètres cubes sont offerts gratuitement, suivis de tranches croissantes, avec une accentuation à venir pour le palier le plus élevé, visant à réduire la consommation de 17 % d’ici 2030.
Dunkerque a ouvert la voie dès 2012 avec un barème en trois tranches (eau essentielle, eau utile, eau de confort surtaxée au-delà de 200 m³), entraînant une baisse de 9 % de la consommation, principalement chez les gros consommateurs. Alexandre Mayol, économiste spécialiste de l’eau, a fondé sa thèse sur ce cas pionnier.
Cependant, l’outil tarifaire présente des limites. « Les tarifs progressifs sont basés sur des tranches faites pour un ménage type, mais on ne sait pas qui se cache derrière le compteur. » Sans compteurs individualisés, l’habitat collectif échappe au signal-prix. Les chèques eau, censés protéger les familles nombreuses, restent peu sollicités : « À Dunkerque, dix familles seulement l’ont demandé. C’est souvent de la communication politique. »
Une autre stratégie consiste à faire varier le prix selon la saison. Depuis 2022, Fouesnant applique un tarif plus élevé l’été, étendu à sept communes du Pays fouesnantais. Le Finistère souhaite généraliser cette approche face à la pression touristique. « Cela ne suffira pas à régler le problème, mais c’est un outil pour renforcer la sobriété l’été et faire contribuer tout le monde, notamment les cinq millions de touristes », justifie Maël de Calan, président du conseil départemental. Toulouse Métropole a également mis en place une majoration de 42 % l’été, compensée par une baisse de 30 % en hiver.
Avant de faire payer l’usager, il est essentiel de ne pas gaspiller l’eau en route. Un milliard de mètres cubes sont perdus chaque année dans les fuites des réseaux, représentant la consommation de 20 millions d’habitants. Dans les zones urbaines, le rendement est bon, mais dans les zones rurales, il peut descendre sous les 40 %. La collectivité Eau du bassin rennais affiche le renouvellement de 55 km de canalisations chaque année pour un réseau déjà efficace à 92 %.
À Rennes, la sobriété passe également par le bâti. Le plan local d’urbanisme impose aux nouvelles constructions d’installer des récupérateurs d’eau de pluie pour les usages sanitaires. « Utiliser de l’eau potable pour les toilettes, ça devient aberrant », estime Ludovic Brossard, qui plaide pour une généralisation de cette me en Bretagne.
Selon Alexandre Mayol, la moitié de la consommation est attribuée à l’agriculture, un quart à l’industrie, tandis que les ménages ne représentent que 20 %. Le manque d’informations publiques sur les prix de l’eau pour les professionnels complique également la situation, alimentant une concurrence tarifaire entre les communes pour attirer les entreprises.
Source : Le Télégramme.

