D’où viennent ces mystérieux signaux venus de l’espace ? Nous avons trouvé leur « pierre de Rosette »
Un couple d’étoiles en orbite l’une autour de l’autre est à l’origine de la nouvelle source de sursauts radio répétitifs identifiée, baptisée ASKAP J1745. Les astronomes sont confrontés depuis plusieurs années à une énigme : des sursauts d’ondes radio, désignés comme « transitoires à longue période », se distinguent par le temps exceptionnellement long séparant deux émissions. Ces objets ont été découverts accidentellement lors d’observations de vastes régions du ciel.
À ce jour, seule une douzaine de ces sources insolites ont été repérées, et leur origine demeure l’un des mystères les plus intrigants de l’astronomie contemporaine. Dans une étude récente publiée dans Nature Astronomy, des chercheurs décrivent une première mondiale : des sursauts radio et des sursauts de rayons X qui se répètent à chaque orbite du système.
ASKAP J1745 représente une avancée significative, car les scientifiques ont réussi à identifier sa nature, contrairement à la plupart des transitoires à longue période connus. Parmi les douze recensés, dix restent inexpliqués. Les observations ont été réalisées avec plusieurs télescopes sensibles à différentes longueurs d’onde, offrant ainsi une vision plus complète du phénomène.
Comme la pierre de Rosette a permis de déchiffrer les hiéroglyphes égyptiens grâce à un texte gravé dans trois écritures différentes, ces nouvelles observations fournissent aux astronomes une clé pour percer le mystère des transitoires à longue période.
Les transitoires radio à longue période sont des objets célestes qui émettent de puissants sursauts d’ondes radio à intervalles réguliers. Leur origine demeure souvent inconnue, et beaucoup de ces sources ont été découvertes près de la région centrale de la Voie lactée, riche en poussières, ce qui complique leur observation.
Bien qu’une douzaine de ces objets aient été identifiés jusqu’à présent, ils semblent présenter plusieurs profils différents. Leurs sursauts radio se répètent à des intervalles allant de quelques minutes à plusieurs heures. Certains émettent des impulsions régulières depuis plus de trente ans, tandis que d’autres cessent d’émettre pendant plusieurs jours ou deviennent silencieux.
Au départ, les astronomes pensaient que les transitoires à longue période étaient des étoiles à neutrons en rotation très lente, appelées pulsars. Les premiers transitoires radio découverts émettaient un sursaut environ toutes les vingt minutes, un rythme bien plus lent que celui des pulsars classiques. Les astronomes ont ensuite envisagé d’autres hypothèses, notamment celles impliquant des naines blanches, vestiges compacts d’étoiles moins massives.
ASKAP J1745 a été découvert grâce au radiotélescope ASKAP, exploité par le CSIRO, l’agence nationale australienne pour la recherche scientifique. C’est le premier objet de ce type identifié comme une « variable cataclysmique », un système binaire composé de deux étoiles dont une naine blanche qui interagit suffisamment avec son étoile compagne pour provoquer une accrétion de matière.
Cette découverte est exceptionnelle, car elle fournit davantage d’informations sur un large éventail de longueurs d’onde que pour tout autre transitoire à longue période observé jusqu’à présent. ASKAP J1745 pourrait devenir la clé permettant de comprendre l’origine des autres transitoires radio à longue période, pour lesquels les observations dans d’autres longueurs d’onde font encore défaut.
Les études sur ces sursauts radio offrent un nouveau laboratoire naturel pour explorer des phénomènes astrophysiques extrêmes, notamment les écoulements de plasma et les champs magnétiques, dans des conditions impossibles à reproduire sur Terre.
Source : Nature Astronomy

