À Lille, des habitants prêtent leur appartement à des mineurs isolés pendant les vacances d’été

À Lille (Nord), des habitants ouvrent leurs appartements pour accueillir des mineurs isolés durant l’été, face à l’absence de prise en charge par les institutions.

Cet été, Ismaël et Ousmane, deux adolescents exilés, ont trouvé refuge dans un appartement du centre de Lille, prêté par un couple en vacances. Ismaël, originaire de Côte d’Ivoire, a été séparé de son oncle lors de sa traversée de la Méditerranée. Ousmane, âgé de 15 ans, a quitté la Guinée avec son grand frère, avant que leurs chemins ne se séparent. Avant de bénéficier de cet hébergement, ils ont passé plusieurs jours dans un campement informel pour jeunes migrants.

Ousmane exprime son soulagement : « L’appartement, c’est mieux. Tu peux te laver comme tu veux. Tu peux manger comme tu veux. » Ismaël ajoute : « Ça enlève un peu le stress parce qu’on arrive à bien dormir. »

Cette initiative s’inscrit dans un dispositif organisé par l’association Utopia56, qui a mobilisé une vingtaine de foyers lillois, permettant d’accueillir 54 jeunes cet été. Tous sont engagés dans une procédure de recours pour faire reconnaître leur statut de mineur isolé. En France, les jeunes exilés doivent se soumettre à une évaluation pour faire reconnaître leur statut de « mineur », mais des erreurs ou des refus peuvent les priver des aides légales, y compris du logement.

Victor et Leslie, qui hébergent des jeunes pour la quatrième fois en trois ans, expliquent : « Ce sont des jeunes qui dorment actuellement sous tente. Ça nous paraissait normal et humaniste de pouvoir les héberger. » Le couple prévoit de revenir de vacances la semaine prochaine, après quoi Ismaël et Ousmane retourneront dans le campement informel près de la Deûle, où vivent actuellement une vingtaine de jeunes exilés.

Laura, référente de l’association Utopia56, souligne que l’accueil des mineurs reste problématique : « Quand ils sont arrivés, on les a refusés en tant que mineurs, on ne les a pas crus et ils ont terminé dans une tente. »

Sans réponse des autorités, la situation pourrait s’aggraver : « D’ici la fin du mois, on aura un camp de 60 à 70 mineurs en recours si les institutions ne proposent pas une autre solution. » Selon Utopia56, 80 % de ces jeunes exilés obtiennent gain de cause dans leurs recours et sont finalement reconnus comme mineurs isolés, ce qui entraîne une obligation légale de prise en charge par le département, conformément à la loi du 7 février 2022 relative à la protection de l’enfance.

En attendant cette reconnaissance, qui peut prendre plusieurs mois, Ismaël, Ousmane et d’autres jeunes continuent de compter sur la solidarité des particuliers pour quelques nuits de répit.

Article écrit d’après un reportage de Myriam Schelcher / France Télévisions.

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