Les astronomes tirent la sonnette d’alarme : l’humanité risque de perdre le ciel étoilé pour toujours
Dans un communiqué diffusé ce 1er juillet, l’Observatoire européen austral (ESO) alerte l’opinion publique et les décideurs politiques sur une menace croissante : l’explosion du nombre de satellites en orbite basse met en péril l’astronomie mondiale et, au-delà, le ciel nocturne comme bien commun de l’humanité. Cette prise de parole, soutenue par une étude scientifique rigoureuse, vise à influencer des décisions réglementaires américaines avant qu’elles ne deviennent irréversibles. L’ESO, la Royal Astronomical Society et l’Union astronomique internationale ont ainsi officiellement interpellé la Commission fédérale des communications américaine (FCC), seule instance actuellement capable d’encadrer ces projets.
Une étude inédite aux conclusions alarmantes
Le communiqué repose sur les travaux d’Olivier Hainaut, astronome à l’ESO depuis plus de 30 ans, dont l’étude a été acceptée pour publication dans la revue Astronomy & Astrophysics. Cette étude est la première à quantifier précisément l’impact des constellations de satellites sur la luminosité globale du ciel nocturne. Les simulations détaillées des positions, mouvements et niveaux de luminosité des constellations de satellites existantes et projetées révèlent que les projets actuels, visant à mettre en orbite plus de 1,7 million de satellites supplémentaires, pourraient avoir des conséquences dévastatrices pour l’astronomie. Pour préserver la capacité d’observation du ciel nocturne avec des télescopes modernes, le nombre total de satellites en orbite ne devrait pas dépasser 100 000, à condition qu’ils restent suffisamment peu lumineux pour être invisibles à l’œil nu depuis un site sombre.
Les projets en cause : un problème mondial
Actuellement, la Terre compte environ 14 000 satellites actifs, principalement des satellites Starlink de SpaceX. Plusieurs acteurs, privés et nationaux, alimentent cette course aux mégaconstellations. SpaceX, principal opérateur, projette de lancer un million de satellites supplémentaires dédiés à des centres de données spatiaux. Malgré des efforts pour réduire la luminosité de ses satellites, ceux-ci restent largement insuffisants face à l’ampleur des projets envisagés. Selon les simulations, la seule mégaconstellation de SpaceX provoquerait, deux heures après le début de la nuit, des dizaines de traînées lumineuses sur chaque image prise par le Very Large Telescope (VLT) de l’ESO au Chili, représentant une perte de champ de vision pouvant atteindre 28 %.
Des conséquences concrètes et multiples
L’impact de cette prolifération se manifeste sur plusieurs niveaux. Sur le plan astronomique, les traînées lumineuses laissées par les satellites masquent les objets observés et dégradent les images. De plus, la lumière des satellites contribue à éclairer le fond du ciel de manière diffuse, réduisant le contraste nécessaire pour observer des objets peu lumineux. Au-delà de l’astronomie, la pollution lumineuse générée pourrait perturber les horloges biologiques et les écosystèmes, avec des répercussions sur la santé humaine et animale encore à évaluer. Les nombreux lancements de satellites contribuent également à la pollution de l’air, un impact environnemental direct que l’ESO reconnaît sans toutefois le quantifier.
Face à ces constats, Olivier Hainaut plaide pour une limite stricte : pas plus de 100 000 satellites au total avec une magnitude visuelle inférieure à 7, garantissant leur invisibilité à l’œil nu. Il souligne que ce chiffre n’est pas un seuil absolu, mais le niveau au-delà duquel les pertes pour l’astronomie deviennent insupportables pour la recherche.
Comme le résume Olivier Hainaut : « L’orbite terrestre basse est un littoral céleste qui apporte une valeur inestimable à la vie moderne. Nous devons gérer l’empreinte des mégaconstellations afin de garantir que cette ressource reste intacte et accessible pour les générations futures. »
Source : Observatoire européen austral (ESO)
