Déplacements tenus secrets : Polémique pour Trump, routine pour Poutine
(Washington) Pour les Américains, le subterfuge grâce auquel Donald Trump a changé d’avion le 8 juillet en Turquie pour déjouer un possible complot iranien était stupéfiant. Cependant, son exfiltration secrète semble mineure comparée au secret obsessionnel qui entoure les activités et les déplacements de Vladimir Poutine. L’agenda du président russe est si mystérieux qu’un média a tenté de le décrypter en analysant l’évolution du feuillage d’une plante dans son bureau.
Des journalistes russes en exil soupçonnent que les rencontres télévisées de M. Poutine n’ont pas lieu le jour annoncé par le Kremlin. En comparant les images de plusieurs rencontres diffusées, ils ont observé que les feuilles d’une plante au fond du bureau semblaient se faner, puis reverdir, puis se faner à nouveau, suggérant que les rencontres avaient eu lieu dans un ordre et à des jours différents de ceux annoncés.
Pour M. Poutine et le Kremlin, ce genre de manipulation est monnaie courante. En revanche, la Maison-Blanche a été critiquée pour ne pas avoir révélé son subterfuge lors du changement d’avion de M. Trump sur le tarmac à Ankara, à la fin du sommet de l’OTAN. C’est le Washington Post, et non la Maison-Blanche, qui a révélé l’histoire cette semaine.
« En comparaison de ce qui se fait en Russie », a déclaré Mikhail Rubin, un journaliste d’enquête russe, « c’est un jeu d’enfant ». M. Rubin et d’autres reporters ont découvert que M. Poutine a équipé ses résidences de bureaux identiques pour que les images vidéo des réunions ne révèlent pas sa localisation. Son train présidentiel emprunte des embranchements ferroviaires spéciaux menant à des gares secrètes construites près d’au moins trois de ses résidences de campagne.
Les responsables convoqués sont contraints de jouer le jeu : ils doivent garder leurs rencontres avec M. Poutine secrètes jusqu’à ce qu’elles soient télévisées – parfois des semaines plus tard – et faire semblant qu’elles ont eu lieu ce jour-là. En Russie, les mensonges officiels sur les allées et venues du président sont « le train-train quotidien », explique Farida Rustamova, une journaliste russe en exil. Ses articles ont révélé des rencontres télévisées où certains sujets étaient des événements passés.
Il existe même un terme technique pour ces rencontres à diffusion différée parmi les journalistes russes : konservy, ou conserves. Sollicité pour cet article, le Kremlin n’a pas répondu. Les autorités russes ont déjà nié tromper le public sur la localisation de M. Poutine.
Lors d’un reportage du New York Times en 2021 au lac Valdaï, où M. Poutine possède une résidence de campagne, des résidents avaient rapporté une mystérieuse ligne ferroviaire récemment construite vers son domaine. L’imagerie satellite montrait une gare avec une plateforme d’héliport, ne figurant ni dans les horaires ni sur les cartes ferroviaires.
En 2023, un transfuge du FSO (le service de protection rapprochée du président russe) a affirmé que M. Poutine utilisait le train pour garder ses déplacements secrets. Des fuites de documents ont indiqué que M. Poutine utilisait un train blindé secret, peint comme un train de passagers ordinaire, mais comprenant un wagon-bureau présidentiel, un gym, un spa et de l’équipement de communication spécial.
Le penchant de M. Poutine pour le secret et la sécurité a augmenté durant la pandémie, lorsqu’il obligeait tout visiteur à deux semaines de quarantaine, rendant plus facile la dissimulation de ses allées et venues. Avec l’invasion de l’Ukraine en 2022, son obsession pour le secret a atteint de nouveaux sommets, surtout depuis que les drones ukrainiens effectuent des incursions en Russie.
À Moscou, il est courant de penser que les énormes cortèges qui filent dans les rues, supposés transporter M. Poutine, sont parfois des leurres. Dans un article publié en 2020, M. Rubin a révélé que M. Poutine travaillait à partir de bureaux identiques à ceux du Kremlin dans ses résidences, permettant au Kremlin de mentir sur sa localisation. Des reportages ont souligné de minuscules différences entre ces bureaux, comme la position des poignées de porte, indiquant qu’ils se trouvent à des endroits différents.
Pour M. Poutine, la tromperie vise également à projeter une image d’activité et de contrôle constants. Le contraste avec l’intensité de la couverture de presse américaine de la Maison-Blanche est frappant et inimaginable en Russie.
Cependant, les restrictions de l’administration Trump sur les médias et la désinformation entourant le vol du président le mois dernier semblent familières à certains Russes. « Poutine, à ce sujet, est devenu une caricature, un personnage qui a poussé tout ce qui se passe autour de lui jusqu’à l’absurdité », a déclaré M. Rubin. « Trump, il me semble, ne fait que commencer à aller dans cette direction. »
Source : The New York Times



