Lors des débats sur SecNumCloud, plusieurs start-up de la santé avaient présenté AWS comme une infrastructure indispensable. Philippe Latombe affirme avoir alors vérifié : elles bénéficiaient toutes de crédits cloud AWS.
Philippe Latombe, lors de l’audition de France Digitale, a évoqué les débats autour de la loi SREN, où certaines start-up du secteur de la santé ont exprimé leur dépendance à AWS, considérée comme une infrastructure sans alternative viable. Il a révélé que ces entreprises profitaient toutes de crédits cloud AWS, ce qui soulève des questions sur l’objectivité de leur plaidoyer.
Maya Noël, directrice générale de France Digitale, a confirmé que les hyperscalers, comme AWS, peuvent offrir leurs services presque gratuitement grâce à des crédits de calcul, créant ainsi une dépendance technique sans nécessiter d’achat direct de soutien. Ce mécanisme façonne l’architecture des start-up, rendant toute autre solution économiquement difficile à envisager.
La facture supprimée au moment du choix
Pour une jeune entreprise, l’offre de crédits cloud est souvent trop attrayante pour être refusée. Des services de calcul, de stockage et d’outils d’analyse sont mis à disposition gratuitement pendant un à trois ans, accompagnés de formations et d’un accès à des écosystèmes de partenaires. Cependant, ces choix créent des dépendances techniques qui se renforcent à me que l’entreprise se développe.
Une fois les crédits expirés, l’entreprise doit choisir entre payer pour continuer à utiliser ces services ou réécrire une partie de son produit, souvent à un moment critique où elle doit prouver sa viabilité commerciale.
Licences étudiantes : un autre angle de la dépendance
Les licences offertes aux étudiants, telles que Microsoft 365 et AWS Educate, contribuent également à cette dynamique. Les futurs développeurs sont formés dans ces environnements, ce qui influence les choix technologiques futurs. Renaud Chaput, directeur technique de Mastodon, a décrit cette stratégie comme une manière de garantir une « rente sur trente ans ».
Un cycle de dépendance consolidé par le marché des compétences
Les grandes entreprises de services numériques (ESN) renforcent cette dynamique en formant leurs consultants sur des plateformes dominantes comme Microsoft et AWS, car la demande des clients les pousse à privilégier ces compétences. Cela crée un cercle vicieux où le marché du travail se structure autour de ces géants, rendant les solutions alternatives moins viables.
Financement public et dépendance américaine
Une start-up française peut recevoir des aides nationales, tout en utilisant des crédits américains pour développer ses produits. Ce système peut ainsi financer à la fois l’essor d’entreprises françaises et la consolidation de leur dépendance envers des plateformes extra-européennes.
Une entreprise autonome se définit non par le rejet de technologies étrangères, mais par la conscience de ses dépendances et des coûts associés. Une telle compréhension est essentielle pour naviguer dans un paysage numérique dominé par des acteurs étrangers.
Sources principales : Audition France Digitale · Rapport Latombe, tome I


