Décryptage | Le mystère Todd Blanche
(New York) Les anciens collègues de Todd Blanche à New York se posent de nombreuses questions sur son parcours et ses choix récents. « Qu’est-il arrivé au procureur que les gens respectaient ? Qu’est-il arrivé au procureur qui, autrefois, respectait l’État de droit ? » s’interrogeait le sénateur démocrate de Californie Adam Schiff lors de la procédure de confirmation de Todd Blanche au poste de procureur général des États-Unis, dont la responsabilité première est l’application des lois.
Le 15 juillet dernier, le Sénat américain a confirmé Todd Blanche par la plus petite majorité possible (50-49) au poste qu’il occupait de façon intérimaire depuis le licenciement de Pam Bondi par Donald Trump, le 2 avril dernier. Cependant, les questions soulevées lors de son audition devant la commission judiciaire du Sénat demeurent sans réponse, et ces interrogations pourraient avoir des implications significatives sur la vie démocratique américaine jusqu’en 2028, notamment lors des élections de mi-mandat.
En tant que procureur général, l’ancien avocat personnel de Donald Trump pourrait jouer un rôle crucial pour aider le président et son parti à remettre en question l’intégrité des résultats électoraux.
Un retour sur le passé de Todd Blanche révèle que son père partage une conviction avec Donald Trump : celle d’avoir été persécuté par la justice américaine. Richard Blanche, né à Hamilton, en Ontario, est devenu pasteur pentecôtiste au Colorado, où il a fondé sa famille après une brève carrière dans le hockey. Dans les années 1980, un juge lui a interdit de tenir des services religieux à son domicile après la perte de son église, une affaire qui a captivé l’attention de la droite chrétienne.
Contrairement à de nombreux procureurs généraux, Todd Blanche n’a pas fréquenté les universités prestigieuses comme Harvard ou Yale. Il a obtenu son diplôme de droit à la Brooklyn Law School tout en travaillant comme assistant juridique pour le district Sud de New York (SDNY), une des juridictions fédérales les plus influentes des États-Unis. De 2006 à 2014, il s’est bâti une réputation solide au sein du SDNY, devenant codirecteur de l’unité des crimes violents.
Le 17 janvier 2025, 116 anciens collègues de Todd Blanche au SDNY ont signé une lettre de soutien, affirmant qu’ils avaient eu la chance de travailler avec lui et qu’il incarnait les valeurs fondamentales du ministère de la Justice. Cette lettre visait à rasr ceux qui s’inquiétaient de sa nomination, étant donné qu’il avait défendu Donald Trump dans plusieurs affaires criminelles.
Cependant, sa décision de représenter le 45e président a suscité des critiques parmi certains procureurs et avocats de New York. En effet, Todd Blanche a dû quitter le cabinet juridique Cadwalader, Wickersham & Taft, qui ne souhaitait pas voir le nom de Donald Trump associé à celui de ses associés.
Des figures comme Mimi Rocah et Perry Carbone, qui ont travaillé avec lui au SDNY, n’ont pas signé la lettre de soutien, exprimant leur désillusion face à ses actions récentes en tant que procureur général adjoint puis procureur général par intérim. Ils critiquent des décisions telles que le limogeage de procureurs impliqués dans des affaires touchant Donald Trump et la création d’un fonds d’indemnisation de 1,8 milliard de dollars pour ses alliés se considérant persécutés par la justice.
Deux sénatrices républicaines ont également exprimé leurs réserves quant à sa confirmation, tandis que de nombreux républicains ont soutenu que Todd Blanche était un choix acceptable, voire le moindre mal. En réponse aux critiques, il a affirmé : « Je suis toujours le même », précisant qu’il demeure fidèle aux valeurs qu’il a défendues en tant que procureur fédéral.
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