Une nouvelle branche de l’arbre généalogique des marsupiaux en Australie
Une récente découverte scientifique révèle une branche inédite de l’arbre généalogique des marsupiaux, apportant un éclairage nouveau sur l’évolution de ces mammifères emblématiques d’Australie. Cette recherche suggère que l’évolution des marsupiaux est plus complexe et mystérieuse qu’on ne le pensait auparavant.
Les marsupiaux ont atteint l’Australie il y a plus de 55 millions d’années. Depuis, ils se sont adaptés à une incroyable variété d’habitats et de modes de vie. Aujourd’hui, environ 160 espèces existent, allant des petits opossums des régions montagneuses, qui hibernent pendant l’hiver, aux spécialistes du désert, comme de minuscules taupes à fourrure rose qui vivent sous terre.
Malgré leur succès, les scientifiques peinent à comprendre comment les marsupiaux se sont diversifiés sur le continent. Des lacunes majeures dans le registre fossile rendent invisible une grande partie de leur histoire précoce.
Dans un article récemment publié dans le Journal of Paleontology, des chercheurs de l’Université de Nouvelle-Galles du Sud (UNSW) annoncent la découverte de trois espèces nouvellement identifiées qui pourraient appartenir à un ordre ancien et jusque-là inconnu de marsupiaux. Cette découverte offre un aperçu rare des premières étapes de l’évolution des marsupiaux en Australie.
Dr. Tim Churchill, paléontologue à l’UNSW, déclare : « Non seulement il s’agit d’un nouvel ordre, mais cela pourrait également être la lignée la plus ancienne de tous les marsupiaux australiens. Cela pourrait être l’ancêtre précoce de tous nos carnivores marsupiaux. »
Traditionnellement, on pense que les marsupiaux ont atteint l’Australie en voyageant depuis l’Amérique du Sud à travers l’Antarctique, avant que le supercontinent Gondwana ne se sépare. Bien que cette explication générale soit largement acceptée, les détails restent incertains. Des fossiles datant d’environ 55 millions d’années suggèrent que les marsupiaux australiens pourraient provenir d’une lignée précoce unique qui s’est ensuite divisée en groupes de marsupiaux existants.
Actuellement, ces groupes sont classés en cinq ordres au sein du superordre Australidelphia, qui comprend tous les marsupiaux australiens vivants et éteints, ainsi qu’un marsupial sud-américain. Dr. Churchill propose désormais un sixième ordre, nommé Keeunamorphia, qui aurait pu persister pendant environ 35 millions d’années.
Les membres de Keeunamorphia étaient probablement de petits insectivores pesant entre 25 et 200 grammes, vivant dans les forêts de ce qui est aujourd’hui le Queensland du Nord, avant de disparaître il y a environ 15 millions d’années. À cette époque, le paysage était très différent du pays sec et ouvert que l’on observe aujourd’hui, étant probablement recouvert de forêts tropicales humides.
Les trois espèces de Keeunamorphia décrites par Dr. Churchill ont vécu il y a environ 18 millions d’années. Leurs restes se sont retrouvés dans des bassins de grottes peu profonds, dont les parties ont été préservées dans la région du patrimoine mondial de Riversleigh, l’un des sites fossiles les plus importants au monde.
Les chercheurs ont utilisé des indices plus petits, comme des dents et des morceaux de mâchoire, pour déterminer comment ces animaux s’intégraient dans l’arbre généalogique des marsupiaux. En combinant des preuves fossiles avec des informations génétiques provenant d’espèces vivantes, ils ont pu construire un arbre phylogénétique qui modélise les relations entre les espèces et estime les périodes de séparation des différentes branches.
L’analyse a montré que ces trois espèces vivaient aux côtés d’autres marsupiaux déjà étudiés, mais leurs dents étaient atypiques et ne semblaient pas étroitement liées aux autres marsupiaux environnants. Leur dentition ressemblait plutôt à celle de Djarthia murgonensis, un marsupial éteint vivant il y a environ 35 millions d’années, souvent considéré comme un prototype des marsupiaux australiens.
Dr. Churchill souligne que cela indique l’existence d’une lignée de marsupiaux distincte qui n’avait pas été reconnue auparavant. Cette lignée aurait pu se séparer tôt dans l’histoire des marsupiaux et survivre pendant des millions d’années alors que d’autres groupes évoluaient autour d’elle.
Ce nouvel ordre remet en question la version simplifiée de l’évolution des marsupiaux, qui postule qu’un groupe ancestral a donné naissance à toute la diversité des marsupiaux australiens. Cela soulève également une question intrigante : si ce groupe primitif s’est séparé si tôt, comment a-t-il pu survivre si longtemps sans changements significatifs ?
Enfin, une grande partie de cette diversité précoce pourrait encore manquer dans les archives scientifiques. Un écart de près de 20 millions d’années dans l’histoire fossile des marsupiaux australiens laisse la place à de nombreuses lignées qui n’ont pas encore été découvertes. Bien que les scientifiques ne puissent jamais entièrement reconstruire les routes empruntées par les premiers marsupiaux, chaque nouvelle dent fossile extraite des dépôts anciens d’Australie ajoute un indice, rendant l’histoire de l’évolution des marsupiaux plus complexe et riche.
Source : Journal of Paleontology.
