Aux origines du Néolithique au Maghreb : découverte des plus anciens paysans du Maroc
Vers 3000 ans avant notre ère, alors que l’Égypte pharaonique entame sa période archaïque et que le Néolithique européen touche à sa fin, le Maghreb connaît des développements significatifs. À partir de 2800 avant notre ère, la culture du Campaniforme, liée aux âges du Cuivre et du Bronze, émerge au Maroc. Mais qu’en était-il avant cette période ?
Une équipe de chercheurs, dirigée par Cyprian Broodbank de l’université de Cambridge, Giulio Lucarini du CNR italien et Youssef Bokbot de l’Institut national des sciences de l’archéologie et du patrimoine du Maroc (INSAP), a récemment apporté des éléments de réponse. Pour la première fois, ils ont mis au jour une zone d’activité sur plus de 10 hectares, attestant l’existence d’une culture d’agriculteurs sédentaires au IVe millénaire avant notre ère, avant l’apparition du Campaniforme. Ce site, situé dans la province de Khémisset, sur un éperon dominant l’Oued Beht, témoigne de pratiques agricoles avancées, incluant la culture de céréales et l’élevage d’ovins et de bovins.
Le site avait déjà été mentionné en 1936 par l’administrateur colonial Armand Ruhlman, qui avait noté la présence de « pièces à gorges », des outils associés aux activités agricoles et minières de l’époque néolithique.
L’archéologue Georges Souville a, en 1991, résumé les découvertes antérieures sur ce même site, indiquant une industrie riche comprenant des « pierres à cupules », des meules dormantes, et une grande quantité d’outils lithiques, suggérant une culture agricole bien développée.
En 2021 et 2022, les chercheurs ont approfondi leurs investigations, découpant le terrain en carrés de 10 x 10 mètres et découvrant 16 258 fragments de poteries, ainsi que 3 300 outils lithiques. La majorité des trouvailles se concentre au nord de l’éperon, où d’anciennes pistes convergent. Les fouilles ont également révélé des fosses à déchets, indiquant l’exploitation de l’olivier sauvage, ainsi que la culture de pistaches, de pois, d’orge et de blé.
Les datations effectuées sur les grains et les charbons de bois montrent une activité intense sur le site pendant au moins cinq siècles, autour du dernier quart du IVe millénaire avant notre ère. Les restes fauniques indiquent la présence de chèvres, moutons, vaches, porcs et d’un équidé, probablement un âne, domestiqué peu avant ou après cette période.
Ces découvertes permettent de conclure à l’existence d’une culture néolithique méditerranéenne au Maroc, suggérant l’existence de sociétés bien établies et organisées avant l’arrivée des céramiques Campaniformes, marquant ainsi une étape importante vers l’âge du Bronze.
Source : Pour la Science, Antiquity, 2024.
