
Après avoir passé plus de 18 ans en prison pour le meurtre de quatre membres de sa famille, le Sarthois Dany Leprince vient de voir sa demande de révision acceptée par la Cour de révision et de réexamen. Une décision rarissime qui pose la question : serait-il victime de la plus grosse erreur judiciaire de l’histoire ?
En septembre 1994, le chemin de Groie, situé à un kilomètre du bourg de Thorigné-sur-Dué, devient le théâtre d’une affaire criminelle marquante : le meurtre de la famille Leprince, comprenant Christian, Brigitte, Audrey (6 ans) et Sandra (10 ans).
Dénommée par les médias le « massacre de Thorigné », cette affaire se distingue par la violence des meurtres, avec plus de 38 plaies constatées sur les victimes. L’enquête et le traitement judiciaire soulèvent des questions, d’autant plus que les aveux partiels de Dany Leprince, obtenus après 48 heures de garde à vue, ne sont soutenus par aucune preuve matérielle, entraînant sa condamnation en 1997 à perpétuité.
Cependant, plusieurs zones d’ombre persistent : le légiste estime que les meurtres ont eu lieu avant 23 heures, alors que Dany Leprince se trouvait chez des amis jusqu’à 21h40. De plus, des témoignages de son ex-épouse et de sa fille se sont révélés contradictoires. Les enquêteurs n’ont trouvé aucune trace d’ADN ou d’empreintes de Dany sur les lieux.
Dany Leprince, qui clame son innocence, bénéficie du soutien d’un comité, incluant Roland Agret, connu pour avoir été victime d’une erreur judiciaire. Ce soutien lui permet de formuler plusieurs demandes de révision pendant son incarcération.
Le fonctionnement de la révision
En 1997, il n’est pas possible de faire appel de sa condamnation. La demande de révision est donc le seul recours pour Dany Leprince, qui espère un nouveau procès pour présenter des éléments de preuve.
Pour introduire une demande de révision, il faut démontrer l’existence d’un fait nouveau. Cela peut inclure la découverte d’une nouvelle preuve ou des analyses scientifiques récentes. En 2005, 11 nouveaux éléments sont jugés recevables, entraînant de nouvelles investigations.
En 2010, une commission ordonne la suspension de la peine de Dany Leprince, notant l’absence de preuves matérielles le liant au crime. Malgré cela, sa demande de révision est refusée.
En 2014, le père de Dany, Robert, porte plainte contre X pour homicide involontaire, conduisant à une enquête sur d’éventuels complices. Martine Compain, l’ex-femme de Dany, est considérée comme témoin assisté.
Dany Leprince, libéré conditionnellement, formule une nouvelle demande de révision en 2021. Le 2 juillet 2023, la Cour de révision annule sa condamnation, le présumant innocent et ordonnant un nouveau procès.
« L’aveu n’est plus une preuve capitale »
À l’issue de la décision de la Cour de révision, Dany Leprince et ses avocats soulignent l’importance de cette avancée judiciaire. L’avocat Olivier Morice mentionne que seules 13 personnes ont bénéficié d’une annulation en matière criminelle depuis 1945, et que Dany Leprince a passé plus de 18 ans en prison.
L’avocat met en avant les erreurs dans l’enquête initiale, affirmant que les aveux, même obtenus sous pression, ne devraient plus être considérés comme des preuves suffisantes. Des expertises non communiquées à la cour pourraient avoir influencé le verdict.
Prendre mieux en compte la parole des enfants témoins
Ce procès pourrait également marquer un tournant dans la manière dont la justice traite les témoignages d’enfants. Meriem Khelladi, avocate de Solène Leprince, exprime l’espoir que cela ouvre la voie à de nouvelles investigations.
Les témoignages précédents, considérés comme peu fiables, seront réévalués, permettant potentiellement de nouvelles découvertes sur les événements tragiques ayant touché la famille Leprince.
Source : Actu-Juridique.
