Cybersécurité en santé : l’urgence de la gouvernance des identités
Les établissements de santé, particulièrement vulnérables aux cyberattaques, font face à un défi majeur en matière de gestion des identités numériques. Avec les initiatives HOP’EN 2 et HospiConnect, l’État français entend renforcer la gouvernance des accès, un chantier colossal qui pourrait s’avérer difficile à mettre en œuvre pour des équipes IT déjà sous pression.
Les établissements de santé sont parmi les cibles privilégiées des cyberattaques et affichent une maturité insuffisante dans la gestion de leurs identités numériques. Cette situation résulte d’années de priorité accordée au soin, de systèmes d’information construits de manière fragmentée et d’équipes IT souvent en sous-effectif. Ce constat révèle une accumulation de dettes techniques qui complique la situation actuelle.
Un retard structurel, pas un simple décalage
Sur le terrain, les professionnels constatent que les comptes partagés demeurent une pratique courante, souvent par manque de solutions alternatives. Les applications fonctionnent en silos, rendant impossible une vision globale des accès. Dans de nombreux établissements, il est difficile de répondre à la question : qui a accès à quoi ?
La gestion des intervenants extérieurs, tels que les vacataires et prestataires, constitue également un angle mort. Leur accès aux systèmes n’est pas sécurisé, et les droits d’accès ne sont pas régulièrement réévalués, ce qui augmente les risques.
Le Répertoire Partagé des Professionnels de Santé (RPPS) illustre les défis rencontrés. Bien que ce référentiel soit essentiel pour l’identification fiable des professionnels, sa mise en œuvre et sa gestion sont souvent entravées par des erreurs de saisie et des doublons, ce qui représente une charge importante pour des équipes IT déjà surchargées.
L’État donne le cap et un calendrier
Les programmes HOP’EN 2, qui s’étend de 2026 à 2028, et HospiConnect, visent à établir un cadre clair pour la gouvernance des identités et la gestion du cycle de vie des accès. Les financements sont prévus et les objectifs clairement définis, signalant que la maîtrise des identités numériques est désormais une priorité incontournable pour la transformation numérique dans le secteur de la santé.
Le vrai défi : absorber le sujet sans s’enliser
Le risque est que les établissements se trouvent confrontés à des exigences strictes sans les ressources humaines nécessaires pour les respecter. Le secteur de la santé ne pourra pas gérer un projet de gouvernance des identités traditionnel, étalé sur 18 mois et piloté par des consultants extérieurs déconnectés des réalités opérationnelles.
Il est crucial d’adopter une approche adaptée à cette réalité : un déploiement rapide, un accompagnement opérationnel, et une focalisation sur des résultats concrets plutôt que sur des fonctionnalités complexes.
La gouvernance des identités est un sujet de confiance
Dans un secteur où les données des patients sont particulièrement sensibles, savoir qui accède à quoi est essentiel. Cela constitue une condition préalable à la confiance des patients dans la protection de leurs données, à la conformité des établissements vis-à-vis des autorités, et à l’acceptation des outils numériques par les équipes soignantes.
Les établissements qui réussiront cette transition seront ceux qui considéreront la gouvernance des identités non pas comme un projet technique supplémentaire, mais comme la pierre angulaire de leur transformation numérique.
Source : François Poulet, Youzer.

