Anticiper les défaillances d’entreprises : les leviers des CSE face à la crise
La fermeture d’une entreprise survient rarement sans signes avant-coureurs. Les représentants du personnel, notamment au sein des Comités Sociaux et Économiques (CSE), ont accès à des informations et expertises permettant d’anticiper ces défaillances. Carole Prioult, secrétaire adjointe de la section commerce de la FEC FO, a partagé son expérience lors d’un webinaire organisé par le média Miroir social.
Le 23 juin dernier, ce webinaire a mis en lumière les leviers à la disposition des CSE face au risque de défaillance des entreprises. En 2025, 68 000 entreprises ont fait faillite, un chiffre alarmant, le plus élevé depuis les années 1990. Prioult a témoigné de son rôle lors de la chute de Go Sport, où elle était déléguée syndicale. Les difficultés économiques et les décisions managériales ont conduit à la liquidation de l’enseigne, rachetée en 2023 par Intersport, mais les représentants du personnel ont tenté d’agir.
Une stratégie alignée avec les préconisations du CSE
Prioult souligne les erreurs répétées de la direction, qui, face à la concurrence de Décathlon, n’a pas su aligner sa stratégie. La direction a choisi de ne pas recruter tant que le chiffre d’affaires n’augmentait pas, alors qu’un renforcement des équipes était nécessaire. Malgré une expertise du cabinet Technologia, qui avait mis en avant l’absence de choix stratégique, peu de changements ont été effectués. Après le rachat par Michel Ohayon en 2021, la direction a enfin adopté une stratégie en phase avec les recommandations du CSE, mais cela n’a pas suffi à renverser la situation.
Partir du terrain, objectiver avec les données sociales et économiques
Pour anticiper une défaillance, les élus peuvent recourir à des experts qui analyseront les informations diffusées au CSE sur la situation économique et sociale de l’entreprise. Eric Bertin, directeur de mission au cabinet Technologia, insiste sur l’importance d’une approche pluridisciplinaire. Il est crucial de confronter les remontées du terrain aux données économiques et sociales disponibles.
Bertin évoque également des signaux d’alerte, tels que les retards de paiement aux fournisseurs et aux salariés, qui peuvent indiquer une dégradation de la situation. Une fois l’entreprise en redressement judiciaire, les marges de manœuvre du CSE s’amenuisent. Cependant, en cas de recherche d’un repreneur, le CSE peut jouer un rôle de partenaire.
Les élus disposent d’un droit d’alerte, mais celui-ci doit être utilisé avec prudence. Les signaux d’alerte doivent être clairement démontrés pour éviter toute contestation par la direction. De plus, depuis 2017, le financement d’experts sollicités par le CSE pour un droit d’alerte est partiellement à la charge de ce dernier, ce qui peut limiter sa capacité d’action.
Créer un risque réputationnel
En dehors des procédures légales, les élus peuvent également recourir à la communication. Prioult illustre ce point avec l’exemple d’Alexander McQueen, où la direction a fermé des magasins sans plan social, malgré une bonne santé économique en France. Face à l’absence de dialogue, un communiqué de presse a été diffusé, ce qui a conduit à une meilleure communication de la part de la direction.
Ces témoignages soulignent l’importance de la vigilance et de l’anticipation, des atouts majeurs pour les représentants du personnel dans un contexte économique incertain.
Source : Miroir social
