Le Premier ministre marocain fera-t-il les frais de la crise de Ceuta ?
Trois semaines après le passage massif de migrants marocains vers l’enclave espagnole de Ceuta, les critiques s’intensifient à l’encontre du chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch. Son bilan économique et social est jugé mitigé, notamment par le site d’information Afrik. Le chômage des jeunes et un « sentiment de corruption » sont évoqués comme des causes de cet exode, illustrant le ras-le-bol d’une génération Z en quête d’opportunités.
Cette situation révèle un malaise parmi la jeunesse marocaine, paradoxalement en contraste avec la croissance économique du pays, qui s’élève à 4,9 % selon la Banque mondiale pour 2025. Cependant, cette croissance ne se traduit pas par une création d’emplois suffisante. Le Haut-Commissariat au plan indique qu’au premier trimestre de 2026, le taux de chômage s’élevait à 10,8 % pour l’ensemble de la population active, avec une proportion alarmante de 29,2 % de jeunes âgés de 15 à 24 ans sans emploi. Plus de 60 000 personnes ont ainsi traversé vers Ceuta, un phénomène qui met en lumière le malaise de la jeunesse marocaine.
Soupçons de conflits d’intérêts
L’Association marocaine des droits humains a recensé 130 victimes et des dizaines de disparus lors de ce départ massif, réclamant une enquête indépendante. Par ailleurs, Afrik souligne la corruption comme un facteur clé du mécontentement envers le gouvernement actuel, qui se classe 91e sur 182 pays selon Transparency International, au même niveau que la Tunisie et l’Inde.
Le site Assahifa critique également la gestion politique d’Akhannouch, évoquant des accusations récurrentes de conflits d’intérêts. En début d’année, il a annoncé qu’il ne serait pas candidat à sa succession pour les prochaines législatives ni à la tête de son parti, le Rassemblement national des indépendants (RNI), qui a élu un autre homme d’affaires, Mohamed Chaouki, comme président. Malgré cela, Akhannouch continue de faire campagne pour son camp.
Lors d’une visite dans la région d’Al-Haouz, touchée par un séisme en septembre 2023, il a vanté son « bilan de la reconstruction », mentionnant 50 000 logements reconstruits et plus de 60 000 familles ayant bénéficié d’une aide d’urgence. Toutefois, ce bilan est contesté, certains habitants se plaignant d’être exclus des aides.
L’option Lekjaa
À l’approche des élections législatives de septembre 2026, le nom de Fouzi Lekjaa, président de la Fédération marocaine de football et ministre délégué chargé du budget, émerge comme un potentiel successeur d’Akhannouch. Il a récemment rejoint le Parti authenticité et modernité. Alors que le Maroc se prépare à accueillir la Coupe du monde en 2030, certains voient déjà les futurs dirigeants comme un « gouvernement de la Coupe du monde », mais des critiques émergent quant à la capacité de Lekjaa à traduire son succès dans le sport en compétences de gouvernance.
Source : Afrik, Courrier International, Assahifa, Medias 24, Bladna 24.


