Combien nous coûte l’inaction climatique ?
L’été 2026 ne peut plus être considéré comme une simple succession d’accidents météorologiques isolés. Après un premier épisode de fortes chaleurs dès la fin mai, la France a subi plusieurs vagues de chaleur. Juillet est devenu le mois le plus chaud jamais enregistré dans le pays depuis le début des mes en 1900, selon le bilan climatique de Météo France. Cette série de canicules, couplée à la sécheresse des sols et au manque d’eau, a conduit à une saison d’incendies sans précédent.
L’inaction coûte déjà des milliards
Une estimation présentée le 2 septembre par la Direction générale du Trésor devant une mission d’information de l’Assemblée nationale indique que les vagues de chaleur et la sécheresse de l’été pourraient réduire le PIB de 0,1 point en moyenne annuelle pour l’année 2026, soit environ 3 milliards d’euros. L’impact immédiat se fera sentir principalement dans le secteur agricole, dont la valeur ajoutée pourrait reculer de 8 %.
Cette première estimation ne prend cependant pas en compte l’ensemble des conséquences, telles que l’arrêt des entreprises, la suppression de trains et les infrastructures endommagées. À cela s’ajoutent des coûts plus difficiles à quantifier : mortalité prématurée, dégradation de la santé, perte de capital forestier, épuisement des agents publics ou disparition de revenus futurs. L’été 2026 illustre bien que l’inaction climatique entraîne déjà des pertes économiques considérables et des impacts sur la vie humaine.
Le coût est aussi humain
La canicule survenue entre le 17 juin et le 2 juillet est associée à 5 764 décès en excès dans les régions concernées, représentant une hausse de 36 %. Les personnes âgées de 75 ans et plus constituent les deux tiers de cette surmortalité, bien qu’une augmentation soit observée dans toutes les classes d’âge à partir de 15 ans, avec une hausse significative dès 45 ans.
Bien que ce chiffre soit encore provisoire, les canicules passées avaient déjà révélé le coût sanitaire. Une étude de Santé publique France, portant sur les épisodes de 2015 à 2020, estime ce coût entre 22 et 37 milliards d’euros, principalement en raison des décès prématurés. Environ 6 milliards d’euros sont attribués aux effets de la chaleur sur la santé et la vie quotidienne, incluant hospitalisations, soins, fatigue, maladies et limitations d’activités.
Quand le travail est frappé de plein fouet
Les fortes chaleurs ont également des répercussions sur le monde du travail. Une enquête menée par la CGT auprès des salariés révèle que la chaleur entraîne des pauses supplémentaires, une baisse des cadences et des arrêts de chantier.
L’outil de production est également affecté, avec des machines et systèmes informatiques surchauffés, une augmentation des rebuts et des coûts d’adaptation. Pendant la crise des incendies, plus de 82 000 salariés ont été empêchés de travailler, selon le ministre de l’Économie. Ce chiffre ne tient pas compte des travailleurs indépendants et saisonniers dont les contrats ont été annulés, ni de la baisse de productivité des salariés restés actifs.
Les salariés placés en activité partielle à cause des incendies pourraient subir une perte de près de 28 % de leur salaire net, alors que l’État rembourse intégralement l’indemnité versée par l’employeur. Les saisonniers dont l’embauche a été annulée ou le contrat interrompu risquent de ne recevoir aucune compensation.
Services publics : la gestion dans l’urgence a un coût
Les services publics, y compris les pompiers et les équipes hospitalières, subissent une pression accrue en raison des canicules, des incendies et de la sécheresse. Les dépenses liées aux interventions comprennent l’évacuation et l’hébergement des populations, les distributions d’eau et la surveillance des réseaux. Cette mobilisation exceptionnelle nuit aux missions ordinaires, entraînant des retards et des heures supplémentaires.
La répétition des événements climatiques soulève une question cruciale : les ressources des services publics peuvent-elles continuer à être mobilisées dans l’urgence sans investissements durables dans le personnel, les équipements, la prévention et l’adaptation ?
Anticiper plutôt que réparer
Pour la CGT, la gestion de crise ne peut plus se substituer à une véritable politique climatique. Il est impératif d’organiser une planification qui combine adaptation et atténuation, en renforçant les infrastructures et en protégeant les travailleurs exposés à la chaleur.
L’adaptation ne suffira pas si les causes du réchauffement ne sont pas combattues. Cela nécessite une réduction des émissions, une transformation des procédés industriels et un développement des transports collectifs. Cette transformation doit garantir la création d’emplois et répondre aux besoins des territoires.
L’été 2026 démontre que l’inaction climatique coûte déjà des milliards et détruit des vies, des emplois et des capacités de production. Le choix n’est pas entre agir pour le climat ou protéger l’économie, mais entre une transformation écologique anticipée et socialement juste, et une succession de catastrophes dont les citoyens continueront de payer le prix.
Des moyens pour répondre aux urgences sociales et environnementales : rendez-vous le 8 septembre à Bercy
Le 8 septembre, à partir de 16 heures, la CGT invite les agents publics, fonctionnaires et citoyens à se rassembler devant le ministère des Finances à Paris pour exiger des budgets adaptés aux besoins des services publics.
Source : Météo France, Santé publique France, Direction générale du Trésor.

