Coupe du monde 2026 : un bilan géopolitique complexe
La Coupe du monde masculine 2026, conclue par la victoire de l’Espagne, a suscité de vives controverses et soulevé des enjeux géopolitiques majeurs. Pour la première fois, cet événement a été coorganisé par le Canada, les États-Unis et le Mexique. Cependant, l’administration Trump a joué un rôle prépondérant tout au long de la compétition, transformant cet événement en vitrine de ses ambitions politiques et de la diplomatie sportive américaine.
Un contexte marqué par l’absence de mobilisation collective
Cette édition, souvent présentée comme la plus géopolitique de l’histoire, n’a pas connu les mêmes mobilisations que celles observées lors de la Coupe du monde au Qatar en 2022. Peu de campagnes de boycott ont été lancées, et les sélections européennes ont évité de prendre des positions collectives sur des questions de droits humains ou environnementaux. Par exemple, l’Allemagne, qui avait été particulièrement engagée lors de la précédente édition, a choisi de rester discrète.
Malgré ce recul apparent, des enjeux géopolitiques ont persisté. La Team Melli a dénoncé les conditions de son séjour, tandis que des manifestations au Mexique ont attiré l’attention sur des personnes disparues. Des initiatives individuelles ont également émergé, comme la banderole « las Malvinas son argentinas » brandie par des joueurs argentins, ravivant des tensions avec le Royaume-Uni.
Des actions judiciaires et des mobilisations institutionnelles
Les protestations ont également pris une tournure judiciaire. L’organisation des supporters européens (FSE) a porté plainte contre la FIFA pour des prix exorbitants et des procédures opaques. Cette plainte a été suivie d’une enquête par les procureures générales de New York et du New Jersey, amplifiant les voix critiques.
L’ONG FairSquare a intensifié ses efforts pour une réforme de la gouvernance de la FIFA, soutenue par la Fédération norvégienne de football et plusieurs parlementaires européens. Ces actions soulignent les limites du pouvoir de la FIFA face aux réalités politiques des États hôtes, notamment en ce qui concerne les restrictions de visas.
L’impact de la diplomatie sportive américaine sous Trump
Bien que l’événement ait été coorganisé par trois pays, Donald Trump a cherché à monopoliser l’espace médiatique, mettant en avant sa vision de la diplomatie sportive. Son absence physique lors des matchs a été compensée par une présence médiatique marquée, illustrant sa volonté d’affirmer la domination des États-Unis dans cet événement.
Cette compétition s’inscrit dans une stratégie plus large de diplomatie sportive, alors que les États-Unis s’apprêtent à accueillir d’autres événements majeurs, tels que les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028. Cependant, les politiques restrictives de visas soulèvent des questions quant à l’accessibilité de ces événements pour tous.
Vers une mondialisation du football féminin
Dans un an, la Coupe du monde féminine se déroulera pour la première fois en Amérique latine, avec le Brésil comme pays hôte. Ce choix marque une étape importante pour le football féminin, qui souffre encore d’inégalités structurelles dans cette région. Le format passera à 48 équipes en 2031, reflétant une volonté de démocratiser la pratique féminine. Toutefois, il reste à voir si cette édition entraînera un développement durable pour le football féminin, tant au niveau professionnel qu’amateur.
Conclusion
La Coupe du monde 2026 a révélé des enjeux géopolitiques complexes, oscillant entre opportunités de visibilité et tensions diplomatiques. L’avenir du football, tant masculin que féminin, dépendra des actions entreprises par les instances dirigeantes et des pays organisateurs pour surmonter les défis structurels et politiques.
Source : Institut des sciences du sport de l’Université de Lausanne (ISSUL), IRIS.
