Depuis plus d’une semaine, la « révolution des flamants roses » prend de l’ampleur en Albanie. Ce mouvement de contestation est déclenché par un méga-projet de complexe touristique de luxe d’environ quatre milliards de dollars, porté par Jared Kushner et Ivanka Trump, sur l’île de Sazan et la lagune de Narta, deux sanctuaires écologiques majeurs de l’Adriatique. Ce dossier, marqué par des soupçons de corruption et d’intimidation, cristallise la colère des citoyens face aux dérives autoritaires du Premier ministre Edi Rama.
Les mobilisations, qui se déroulent principalement sur la péninsule de Zvërnec, englobent l’île de Sazan et la lagune de Narta, à proximité de Vlora. Ces zones sont considérées comme écologiquement précieuses, liées au delta du fleuve Vjosa, considéré comme le dernier grand fleuve sauvage d’Europe. Baptisée la « révolution des flamants roses », cette mobilisation dépasse largement les préoccupations environnementales. Elle représente la première grande mobilisation civique indépendante en Albanie contemporaine, réunissant jeunes, professionnels, riverains et organisations écologistes, et s’opposant tant au parti du Premier ministre qu’à l’opposition.
Le projet est soutenu par Jared Kushner, qui a déclaré qu’il s’agissait d’un investissement massif, dépassant le milliard d’euros, pour construire un complexe touristique de luxe. Leur implication donne une dimension internationale au conflit, avec des critiques évoquant une opération politique soutenue par des figures influentes. Les habitants locaux se retrouvent privés d’espaces qu’ils fréquentaient, au milieu de litiges sur la propriété de ces terres.
Le gouvernement d’Edi Rama a modifié les règles pour permettre ce projet, qui bénéficie d’un statut de « paysage protégé » depuis 2004. Une nouvelle loi entrée en vigueur en 2024 a intégré des clauses d’exception pour « intérêt économique », ce qui soulève des inquiétudes quant à la transparence et à l’éthique des décisions politiques. Les violences sur le terrain ont également entaché l’image de Rama, révélant une concentration des pouvoirs et des liens opaques avec des hommes d’affaires visés par la justice.
Les manifestants scandent que « l’Albanie n’est pas à vendre », soulignant les tensions autour du modèle de développement économique du pays. Le tourisme, bien que générant des revenus, a souvent conduit à une urbanisation anarchique, créant des bulles touristiques inaccessibles aux Albanais. Le trafic à l’aéroport de Tirana a été multiplié par 200 ces dernières années, mais cette ouverture s’accompagne de défis structurels.
Ce projet en Albanie fait écho à d’autres initiatives similaires dans les Balkans, où les intérêts économiques et politiques se mêlent souvent sans véritables contre-pouvoirs. Les acteurs économiques trouvent dans cette région des environnements favorables à leurs projets, avec des coûts de main-d’œuvre bas et des terrains encore peu exploités.
La mobilisation pourrait potentiellement amener des concessions, mais Edi Rama a investi un capital politique considérable dans ce projet, rendant difficile un retour en arrière. Les manifestations, bien que significatives, ne semblent pas atteindre un volume critique capable de menacer son gouvernement. Cette situation met en lumière la fracture entre la classe politique et la société civile dans les Balkans, illustrant l’incapacité de cette dernière à se structurer pour défendre l’intérêt général.
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Source : RFI