Un magasin de vêtements au Forum des Halles, à Paris, le 7 janvier 2026. QUENTIN DE GROEVE/HANS LUCAS VIA AFP
La fast-fashion continue de séduire. Les Français ont acheté toujours plus de vêtements neufs en 2025, selon les données publiées ce mercredi 17 juin par Refashion, l’éco-organisme mandaté par l’Etat pour gérer la filière textile. Ces chiffres sont le reflet du succès de la mode ultra-éphémère, visée par une loi en discussion au Parlement. Et au grand dam des associations qui alertent sur la pollution environnementale de l’industrie textile.
Dans le détail, les Français ont acheté en moyenne 43 pièces d’habillement neuves par personne l’an dernier − soit une de plus qu’en 2024 −, 4 paires de chauss et 12 pièces de linge de maison. Cela représente 3,6 milliards d’articles neufs mis sur le marché en 2025, contre 3,5 milliards en 2024, soit 10 millions de produits par jour.
Ces articles « seront demain des déchets », a alerté Maud Hardy, la directrice générale de Refashion. Aujourd’hui, deux tiers des déchets textiles finissent incinérés ou enfouis en France, a rappelé la dirigeante, qui a souligné dans un communiqué « l’urgence » de « se doter enfin des capacités industrielles nécessaires pour gérer ces volumes, à commencer par une vraie industrie du recyclage textile ».
Le déferlement des vêtements de plateformes asiatiques
Pour établir ce panorama qu’il dresse annuellement depuis trois ans, l’éco-organisme a analysé les données que doivent obligatoirement lui transmettre les 11 000 marques qui vendent du textile en France, y compris les plateformes asiatiques type Shein et Temu.
Depuis quelques années, le marché de la mode est bouleversé par l’arrivée de plateformes de vente en ligne, notamment d’origine asiatique, Shein, Temu et AliExpress en étant les représentants les plus puissants. Ils sont accusés par les pouvoirs publics, les associations et les commerçants européens d’inonder le marché de produits bas de gamme, voire non conformes, et à prix cassés.
Refashion constate que les consommateurs plébiscitent ces entreprises vendant exclusivement en ligne, qui ont enregistré en 2025 une croissance de 12 % de leurs ventes en volumes. Ce sont elles qui tirent le marché à la hausse qui, sans elles, serait « stable », analyse Refashion. L’éco-organisme dévoile également que sept produits textiles vendus sur dix sont d’entrée de gamme, avec un prix moyen de 8,30 euros.
Une proposition de loi discutée au Parlement
Ces chiffres révélés par Refashion interviennent alors qu’est discutée au Parlement une loi visant la mode ultra-éphémère, particulièrement incarnée par le mastodonte asiatique Shein.
La proposition de loi met en place toute une panoplie d’outils pour limiter le phénomène en pleine expansion de « l’ultra-fast-fashion », via des mes comme l’interdiction de la publicité ou des pénalités financières sur les articles vendus.
Mais, dans son combat contre les grandes plateformes asiatiques, le gouvernement joue les équilibristes pour éviter que ne se retrouvent prises dans la tourmente de grandes sociétés qui emploient sur le sol européen et ont un poids fiscal important, telles que Kiabi, Decathlon, H&M ou encore Zara.
Une position qui déplaît fortement à une coalition d’associations environnementales qui estime « que l’ambition initiale du texte était de réduire l’impact environnemental de l’industrie textile, et donc de couvrir l’ensemble de la fast-fashion, et non pas seulement les acteurs de l’ultra-fast-fashion ».
Dans un communiqué, « Stop fast-fashion », qui regroupe notamment Emmaüs, Max Havelaar, Fashion Revolution ou encore Les Amis de la Terre, rappelle que « le secteur textile représente près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et génère une pollution chimique des sols et des cours d’eau dans les pays producteurs ».
