90 ans après les congés payés, les vacances restent un droit inachevé selon une enquête de l'Institut Terram

Quatre-vingt-dix ans après les congés payés, les vacances restent un droit inachevé

Une étude récente de l’Institut Terram met en lumière un paradoxe : bien que la France soit la première destination touristique mondiale, des millions de ses habitants n’ont toujours pas accès aux vacances. Ce constat soulève des questions sur l’égalité d’accès à ce droit fondamental.

En 1936, la loi du 20 juin a marqué une avancée majeure en accordant deux semaines de congés payés aux salariés, permettant ainsi à de nombreuses familles ouvrières de découvrir des destinations comme la mer ou la montagne. Cet été-là, le Front populaire a transformé les vacances en un droit collectif plutôt qu’un privilège. Cependant, l’étude de l’Institut Terram révèle que, malgré l’essor du tourisme en France, le taux de départ en vacances des Français stagne autour de 60 % depuis les années 1980.

En 2025, la France a accueilli 102 millions de visiteurs étrangers, générant 109 milliards d’euros de revenus et créant près de deux millions d’emplois directs ou indirects. Toutefois, environ 19 millions de Français n’ont pas voyagé cette année-là, souvent à cause de contraintes financières. Près de 50 % de ces personnes n’ont pas pu choisir de rester chez elles, mais ont subi cette situation par manque de ressources.

La démocratisation des vacances a progressé jusqu’aux années 1980, où près de 60 % des Français partaient en vacances, contre seulement 15 % dans les années 1950. Cette évolution a été stoppée, laissant place à des inégalités profondes. Environ 50 % des 20 % de Français les plus modestes ne peuvent pas financer une semaine de vacances, tandis que moins de 3 % des plus aisés rencontrent la même difficulté. La situation est particulièrement préoccupante pour les enfants, où 73 % des enfants des familles favorisées partent au moins une fois par an, contre 56 % des enfants issus de milieux défavorisés qui ne partent jamais.

Les obstacles ne sont pas uniquement financiers. La planification des congés, la connaissance des aides disponibles, ainsi que l’accès à des moyens de transport adéquats, sont des éléments essentiels pour pouvoir partir. Les inégalités de « capital temporel » jouent également un rôle, les cadres ayant plus de flexibilité pour choisir leurs dates de départ, contrairement aux employés et ouvriers.

La France dispose d’une offre d’hébergement variée, mais celle-ci est de plus en plus concentrée. En effet, 1 % des communes abrite la moitié des hébergements marchands, tandis que les hôtels abordables disparaissent. En dix ans, le nombre d’établissements d’une et deux étoiles a chuté de plus de 40 %, alors que les hôtels quatre et cinq étoiles ont augmenté de 55 %.

Les aides comme les chèques-vacances existent, mais leur utilisation reste faible, avec seulement 25 % des ménages modestes ayant recours à ces dispositifs. De plus, la politique touristique semble se détourner de sa vocation sociale, se concentrant sur l’attractivité pour les touristes étrangers plutôt que sur les besoins des Français.

La situation actuelle, exacerbée par le changement climatique et les évolutions technologiques, risque de créer une fracture entre ceux qui peuvent voyager et ceux qui ne le peuvent pas. Il est donc crucial de remettre le temps libre à l’agenda politique, en s’inspirant de la vision de Léo Lagrange, qui prônait non seulement l’octroi de congés, mais aussi l’organisation des moyens nécessaires pour en profiter pleinement.

Source : Institut Terram

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