En Ardèche, la condamnation d’une agricultrice révèle l’impasse face aux sangliers

En Ardèche, la condamnation d’une agricultrice révèle l’impasse face aux sangliers

Agnès Audibert, productrice de châtaignes en Ardèche, a été condamnée à une amende de 1 000 euros en janvier 2026 pour avoir piégé et tué quatre sangliers sur son exploitation en 2024, malgré l’interdiction de cette pratique dans le département. Elle conteste cette décision, affirmant : « Je n’ai pas trouvé comment faire autrement pour protéger mon outil de travail et ma récolte. »

La situation a attiré l’attention des agriculteurs, qui se sont réunis devant le tribunal, représentant les trois principaux syndicats agricoles. Grégory Nivelle, président de la commission « Faune sauvage » à la FNSEA, a déclaré : « Les dégâts des sangliers ne font qu’augmenter, certains territoires sont complètement dépassés. Il va falloir trouver des solutions plus radicales. »

Au cours des cinquante dernières années, la population de sangliers a explosé. En 2025, près de 900 000 individus ont été abattus, alors qu’au début des années 1970, ce chiffre était d’environ 35 000 par an. Selon Raphaël Mathevet, écologue au CNRS, « depuis dix ans, le sanglier cause 30 à 40 millions d’euros de dégâts agricoles chaque année. »

Cette prolifération des sangliers est attribuée à plusieurs facteurs. L’agrandissement des parcelles et l’arrachage des haies après la guerre ont fait fuir le petit gibier, incitant les institutions à réintroduire le grand gibier, dont le sanglier fait partie. D’autres éléments, comme la faible population de loups, la déprise agricole, et le réchauffement climatique, favorisent également leur reproduction.

En 1968, les agriculteurs avaient perdu le droit de tuer les sangliers sans permis, et les chasseurs sont devenus responsables de l’indemnisation des dégâts agricoles. En 2025, la Fédération nationale des chasseurs a payé 55 millions d’euros pour compenser ces dégâts, un montant en constante augmentation.

Les agriculteurs, dont seulement 10 % détiennent un permis de chasse, accusent les chasseurs de manquer de sérieux dans la régulation des populations de sangliers. Grégory Nivelle a exprimé que « par endroits, la volonté de réguler n’est tout simplement pas présente. »

Pour tenter de résoudre ce problème, un plan national élaboré en 2023 vise à réduire de 30 % les dégâts en trois ans, en assouplissant les règles de chasse et en légalisant des techniques comme le piégeage. Cependant, des experts comme Raphaël Mathevet soulignent que ces mes ne suffisent pas à long terme.

Mathevet conclut qu’il est nécessaire « d’apprendre à vivre avec » les sangliers et de repenser l’organisation des territoires agricoles pour mieux protéger les cultures.

Source : CNRS, FNSEA, Fédération nationale des chasseurs.

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