Comportement toxique au travail : pourquoi il épuise plus qu’une guerre
Ce ne sont pas les guerres qui ont coûté ses nuits à Walter Fuellemann, ancien chef de délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), mais les collègues au comportement toxique. La toxicité au travail, un risque que les dirigeants semblent souvent ignorer, mérite une attention particulière.
Une crise se pilote, la toxicité s’infiltre
Une crise externe possède une structure identifiable, avec un début, une cause, et une temporalité. Elle mobilise les équipes et les pousse à se dépasser. En revanche, le collègue toxique agit de manière insidieuse, s’infiltrant dans les réunions et les interactions quotidiennes sans se déclarer. Ce type de comportement se manifeste par des personnes qui s’approprient les succès collectifs, créant une dynamique où chacun surveille ses arrières plutôt que de progresser ensemble. La toxicité, diffuse et difficile à quantifier, ne figure pas sur les tableaux de bord. Elle s’accumule silencieusement, et lorsque ses effets se manifestent, le mal est déjà profond.
Pourquoi le comportement toxique épuise plus que la difficulté
Ce phénomène n’est pas limité au secteur humanitaire. Il touche à des dynamiques universelles, notamment notre capacité à tolérer l’injustice interne, qui est souvent plus limitée que notre résilience face à des menaces externes. Face à une crise, les individus mobilisent des ressources insoupçonnées. En revanche, lorsqu’ils sont confrontés à un collègue qui tire la couverture à lui, ces mécanismes de résistance sont souvent absents. Cette trahison des attentes épuise plus que la difficulté elle-même.
Données ou statistiques
Selon le rapport Gallup State of the Global Workplace de 2023, seulement 8 % des salariés en France se déclarent engagés dans leur travail. Ce désengagement est souvent attribué à des causes structurelles telles que le manque de sens ou de perspectives, mais il est également lié à des environnements de travail toxiques où aucune intervention n’est faite.
Nommer la toxicité, une responsabilité de dirigeant
Walter Fuellemann souligne l’importance de thématiser le bien-être comme un aspect central de l’identité organisationnelle. Les dirigeants doivent rendre visibles les comportements nuisibles et créer un environnement où les problèmes peuvent être signalés sans crainte de répercussions. Cela commence dès le recrutement, où accepter un profil brillant mais toxique peut introduire un virus dans l’organisation. L’évaluation des performances doit également prendre en compte les comportements collectifs, car ignorer la toxicité, c’est la valider.
En conclusion
La première ressource d’une organisation, ce sont ses employés. Protéger cette ressource ne consiste pas à éviter les difficultés, mais à préserver la capacité des individus à s’investir pleinement dans leur travail. Walter Fuellemann a connu des crises que peu d’entre nous peuvent imaginer, mais ce qui l’a tenu éveillé la nuit, ce n’est pas la guerre, mais la toxicité au sein de son environnement de travail.
Source : Journal du Net
