Le viol et le traumatisme n’ont pas de date d’expiration : un collectif de victimes réclame la suppression du délai de prescription pour les crimes sexuels
Ces femmes, réunies dans un collectif baptisé « Les Voix des survivantes », dénoncent le fait que leurs plaintes soient considérées comme prescrites.
Des victimes de violences sexuelles et des avocates se sont rassemblées dans un collectif citoyen, Les Voix des survivantes, pour partager leur vécu. Lors d’une conférence de presse tenue le 25 juin à Paris, elles ont évoqué des affaires emblématiques comme celles de Patrick Poivre d’Arvor, de Jean-Luc Brunel et de Gérald Marie. Toutes ces femmes ont en commun que leurs plaintes ont été déclarées prescrites, ce qui les pousse à réclamer la suppression du délai de prescription pour les crimes sexuels.
Malgré des lois adoptées en 2017 et 2018 qui ont allongé ces délais, une personne dénonçant un viol peut porter plainte jusqu’à 30 ans après sa majorité. Pour une agression sexuelle, ce délai varie entre 10 et 20 ans, selon la nature des faits. En revanche, si les faits ont été commis lorsque la victime était majeure, elle dispose de 20 ans pour déposer plainte pour un viol et de 6 ans pour une agression sexuelle.
La question de la suppression de ces délais a été relancée récemment suite à l’affaire Lyhanna. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a exprimé son soutien à une réouverture du débat sur les délais de prescription, mais uniquement pour les crimes sexuels sur mineurs.
Thysia Huisman, porte-parole du collectif et ancienne mannequin, a partagé son expérience, affirmant avoir été droguée et violée en 1991. Elle a déposé plainte 28 ans plus tard, expliquant avoir eu « peur » et « honte » de s’exprimer plus tôt. « Le traumatisme ne s’oublie pas, il te suit », a-t-elle déclaré.
L’avocate Anne-Claire Le Jeune, qui représente plusieurs victimes, a souligné que sur une trentaine de femmes qu’elle a conseillées, 16 plaintes ont été classées pour cause de prescription. Elle a mis en lumière des phénomènes psychologiques comme « la honte, la culpabilité et l’amnésie traumatique » qui expliquent souvent le délai avant le dépôt de plainte.
Sophie Tissier, figure des gilets jaunes, a également témoigné de son indignation face à la prescription de sa plainte pour agression sexuelle. Elle a déposé une nouvelle plainte en 2024 après que sa première a été classée sans suite.
Mié Kohiyama, activiste des droits de l’enfant, a dénoncé un système d’impunité où la prescription constitue un pilier. Elle a rappelé qu’un accord a été trouvé au niveau européen pour allonger le délai de prescription à 32 ans après la majorité pour les affaires de viol ou de prostitution de mineurs.
Emmanuelle Dancourt, présidente de MeToo Media, a fait écho à cette colère, affirmant que la prescription contribue à un sentiment d’oubli pour les victimes. Elle a souligné que, bien que les preuves puissent être difficiles à obtenir des décennies après les faits, la crédibilité des victimes est souvent reconnue par des expertises.
La question de l’imprescriptibilité des crimes sexuels reste donc centrale dans le débat public, avec des voix qui s’élèvent pour une réforme législative qui pourrait permettre aux victimes de chercher justice, peu importe le temps écoulé.
Source : Franceinfo