Colère croissante des locataires face aux conditions de vie insupportables dans les logements bouilloires.

Dans les logements bouilloires, la colère monte avec la température

Dans les logements bouilloires, la colère monte avec la température

Du blanc de Meudon aux couvertures de survie sur les fenêtres, les astuces pour limiter la température chez soi fleurissent sur les réseaux sociaux, à me que les canicules se succèdent. Les témoignages de détresse et de colère des habitants des « bouilloires thermiques » – expression popularisée par la Fondation pour le logement en 2023 pour désigner des logements qui surchauffent au point de devenir invivables – se multiplient également.

« J’ai eu peur », as une jeune femme de 28 ans victime d’un coup de chaleur, sur le compte Instagram du collectif Dernier étage. Né il y a un an à Paris, ce collectif promeut l’entraide et le partage d’expérience entre ceux qui vivent sous les toits et souhaite visibiliser le problème de l’inadaptation des habitats à la chaleur. Meryll Frebour, coordinatrice du collectif, résume : « On atteint des températures invivables, au sens létales », avec des pics à 37, 40, et même 47 degrés.

À Lyon, fin juin, des habitants, emmenés par le syndicat Locataires ensemble, ont interpellé leur bailleur pour obtenir la pose de stores, en affichant leur demande sur la façade de leur résidence. Au même moment, une pétition en ligne intitulée « Pas de volets, pas de loyers » a vu le jour, incitant à suspendre le versement de loyers pour faire réagir les propriétaires des logements dépourvus de protections de base face au soleil. Cette pétition comptait plus de 58 000 signataires à mi-août et demande aussi l’adoption d’une proposition de loi contre les logements bouilloires.

Les associations, syndicats de locataires et spécialistes de la rénovation se mobilisent pour faire émerger ce problème jugé « urgent » par Maïder Olivier, chargée de plaidoyer à la Fondation pour le logement des défavorisés. Les études convergent concernant les effets délétères de la surchauffe intérieure sur la santé physique et mentale des habitants. Selon Santé Publique France, la hausse de la mortalité pendant l’épisode caniculaire de la fin juin s’est produite « en particulier à domicile ».

Actuellement, 52,4 % des passoires thermiques du parc locatif privé appartiennent à des propriétaires issus des deux derniers déciles de revenus. Une analyse des diagnostics de performance énergétique (DPE) a montré que près de la moitié des logements en France pourraient être considérés comme des bouilloires thermiques, principalement en raison d’un manque de protections solaires.

Les solutions techniques sont bien connues : volets et stores pour bloquer les rayons du soleil, isolation des logements pour limiter l’entrée de chaleur, ventilation nocturne pour l’évacuer, et végétalisation pour contrer l’effet d’îlot de chaleur urbain. Le collectif Rénovons a démontré qu’une rénovation efficace permet de réduire de trois fois le nombre de jours de chaleur excessive dans un logement, et que l’isolation abaisse en moyenne la température de cinq degrés en été. Toutefois, la climatisation présente également des limites.

Des obstacles persistent pour la mise en œuvre de ces solutions. Dans un marché tendu, les locataires disposent de peu de moyens de pression sur les propriétaires. Jean-Baptiste Eyraud, de Droit au logement, souligne que « la situation est déséquilibrée et leurs droits restent faibles même si la loi est supposée les protéger ». Les propriétaires peuvent également rencontrer des difficultés financières, malgré le fait que 52,4 % des passoires thermiques appartiennent à des ménages à faible revenu.

Pour lever ces freins, les associations et habitants appellent l’État à mettre en place des normes et un budget. Maïder Olivier évoque la nécessité d’un grand plan d’installation de volets et de brasseurs d’air. Le code de la santé publique stipule qu’un logement doit être pourvu « d’un système de régulation de la chaleur fonctionnel et suffisant », mais ce texte est jugé « trop vague et pas appliqué ».

Face à l’inaction du gouvernement, la Confédération nationale du logement a décidé de porter plainte. Le projet de loi de relance du logement, présenté fin juin, prévoit la remise sur le marché de passoires thermiques, sans contraindre les propriétaires à réaliser des travaux d’adaptation. Jean-Baptiste Eyraud dénonce des mes « à rebours de ce qu’il faudrait faire ».

Dans ce contexte, la colère des habitants des logements bouilloires risque de s’accroître, alors que les températures continuent d’augmenter.

Source : Alternatives Économiques

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