CNH 2026 : revendications et annonces des syndicats agricoles en France.

CNH 2026 : quelles revendications, quelles annonces ?

Reportée après les fortes chaleurs de juin, la 7e CNH se tient le 4 septembre 2026. À quelques mois de la présidentielle, associations et acteurs du handicap redoutent une conférence sans grande prise de risque. Les revendications sont nombreuses.

La grand-messe du handicap devait avoir lieu en juin. Avec des températures avoisinant les 40°C durant la deuxième vague de chaleur, l’évènement a finalement été reporté au 4 septembre 2026, au Prisme de Bobigny (Seine-Saint-Denis). Entre-temps, l’été a rebattu les cartes et le calendrier politique s’est resserré : à quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, cette 7e Conférence nationale du handicap (CNH) intervient dans un contexte peu propice aux annonces spectaculaires. Officiellement, il s’agit toujours de fixer les grandes orientations de la politique du handicap pour les années à venir. Mais en coulisses, le mot d’ordre semble plutôt être celui de la prudence avec une conférence qui s’annonce plus politique que technique.

Une CNH sous surveillance politique

Tous les trois ans, la CNH doit donner une impulsion aux politiques publiques du handicap. La précédente, en avril 2023 (CNH 2023 à l’Elysée : les annonces handicap de E. Macron), un an après la réélection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, avait été marquée par l’annonce du remboursement intégral des fauteuils roulants et d’une série de mes représentant 1,5 milliard d’euros de financements pour l’accessibilité des lieux publics (1,5 milliard pour l’accessibilité : pour qui, quand ?). En 2026, le contexte est sensiblement différent. Le gouvernement doit d’abord rendre des comptes sur les engagements précédents, alors que les associations dénoncent encore des écarts importants entre les promesses et leur mise en œuvre.

Depuis décembre 2025, des comités de pilotage (COPIL) se réunissent chaque mois, avec cabinets ministériels, administrations, élus, associations et représentants des personnes handicapées. Cinq groupes de travail, correspondant à un nombre de thématiques équivalent, ont également planché sur plusieurs sujets, parmi lesquels l’école, l’habitat, la participation et la représentation, l’intelligence artificielle ou encore la protection juridique des majeurs. Une méthode qui permet de dresser le bilan de la CNH 2023 et de faire remonter des propositions, mais qui a aussi suscité des critiques sur le « manque de débats de fond » d’après le Collectif handicaps et de visibilité sur les arbitrages finaux. À la veille de la conférence, aucune grande annonce n’est encore pressentie à ce stade. Et certains observateurs du secteur s’attendent plutôt à une CNH de continuité, voire de consolidation. Ce contexte alimente des bruits de couloir sur une conférence qui éviterait les prises de risque et les engagements financiers massifs. Une prudence qui reste, à ce stade, une hypothèse : les arbitrages définitifs ne seront connus qu’au moment des annonces.

« Rien sur nous sans nous », mais avec quels moyens ?

Sur le terrain associatif, en revanche, les attentes ne manquent pas. Le Collectif handicaps réclame une CNH qui ne soit pas « un exercice de communication supplémentaire », mais un véritable rendez-vous de responsabilité politique. Parmi ses priorités : l’effectivité des droits, l’accessibilité, l’école inclusive, l’habitat choisi, la compensation, l’emploi, la santé, la citoyenneté et la transformation de l’offre médico-sociale. Le collectif déplore notamment qu’un groupe de travail consacré aux ressources des personnes handicapées et à la compensation n’ait finalement jamais vu le jour. Il rappelle aussi « qu’une personne handicapée sur quatre est pauvre ».

La participation des personnes concernées à la défense de leurs droits constitue également un point de tension. « Rien sur nous sans nous » : le principe est affiché par le gouvernement lui-même dans la préparation de la CNH. Mais les associations demandent qu’il se traduise par des moyens réels : accessibilité des instances, aides à la participation, communication alternative et améliorée, soutien à l’auto-représentation. CLE Autistes réclame notamment une « restauration progressive de la capacité juridique des personnes handicapées », « un statut de personne de soutien à l’auto-représentation » et un « socle minimal d’accessibilité dans les instances de participation ». L’association juge toutefois que ces avancées risquent de rester « symboliques » sans stratégie nationale de désinstitutionnalisation, financée et évaluée.

École, accessibilité, familles : les dossiers qui fâchent

Quelques jours après la rentrée, alors même que la question des accompagnants d’élèves en situation de handicap reste un point de crispation (Les AESH seront-ils suffisamment nombreux à la rentrée ?), l’école inclusive sera également scrutée. La FSU-SNUipp demande une école « enfin dotée de moyens » et entend peser sur les débats de la CNH. Le syndicat avait obtenu, deux jours avant le rendez-vous initial de juin, une réunion consacrée aux mes concernant l’école inclusive, finalement annulée avec le report de la conférence.

Autre angle mort particulièrement sensible : l’accessibilité numérique. L’association Valentin Haüy affirme qu’en 2026, seulement 6,5 % des 244 démarches administratives essentielles sont totalement accessibles, soit 16 démarches. Un chiffre qui contraste fortement avec la promesse gouvernementale formulée en 2023 d’une accessibilité généralisée des démarches en ligne. Manuel Pereira, responsable de l’accessibilité numérique à l’association Valentin Haüy, dénonce un « mépris » institutionnel face aux sanctions théoriques de 50 000 euros jamais appliquées. L’AVH appelle à des résultats mesurables, et non de nouvelles déclarations d’intention.

L’Unapei, de son côté, alerte sur un autre risque : celui d’une « refamilialisation silencieuse » du handicap. Pour son président Luc Gateau, les familles ne doivent pas devenir « les variables d’ajustement d’une transition inclusive insuffisamment financée ». L’association rappelle que l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) chiffrait déjà en 2025 à 370 millions d’euros l’investissement minimal requis pour transformer l’offre d’accompagnement sans reporter la charge sur les proches. « Les droits des personnes en situation de handicap ne peuvent pas être indexés à des logiques court-termistes d’optimisation des ressources » alerte le président de l’Unapei qui demande des investissements dans l’accompagnement, l’accessibilité, le soutien aux aidants, l’attractivité des métiers et la coopération avec le médico-social. Elle défend également la place des associations dans la gouvernance des politiques du handicap, au moment où certaines craignent une marginalisation progressive de leur expertise.

Une CNH de transition avant 2027 ?

Reste donc une question : que peut réellement produire cette CNH 2026 ? Le gouvernement présente ce rendez-vous comme un moment structurant pour les trois prochaines années. Mais le contexte budgétaire, le report de la conférence et la proximité de la présidentielle pourraient pousser à privilégier des mes déjà préparées, des ajustements techniques et des feuilles de route plutôt que de nouveaux chantiers coûteux.

C’est précisément là que les associations placent le curseur. Elles ne demandent pas nécessairement une avalanche de mes, mais des engagements vérifiables, financés et assortis d’un calendrier. Comme le soulignait déjà Céline Poulet, secrétaire générale du Comité interministériel du handicap (CIH) dans un entretien accordé à Handicap.fr lors de la préparation de cette CNH, « ce ne sont pas toujours de grandes mes » qui sont nécessaires : certains changements très concrets peuvent avoir « beaucoup de sens pour les personnes ». Reste à savoir si cette philosophie servira de ligne directrice à la conférence du 4 septembre… ou si la prudence politique l’emportera.

©Ministère des Sports

« Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr »

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