La Cisjordanie sous blocus : un quotidien difficile
La Cisjordanie est aujourd’hui confrontée à près de 900 obstacles à la circulation, comprenant des checkpoints, des blocs de béton, des monticules de terre et des portails en acier à l’entrée des villages palestiniens. En mai 2025, l’Office de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) a recensé 205 de ces portails, dont la majorité sont fermés ou contrôlés de manière intermittente par l’armée israélienne.
Cette politique de verrouillage du territoire s’est intensifiée depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023 et s’est poursuivie avec le conflit Israël-Iran, rendant la vie quotidienne des Palestiniens encore plus difficile. En août 2023, l’OCHA dénombrait 645 obstacles permanents en Cisjordanie, dont 118 portails. En janvier 2025, 18 portails supplémentaires ont été érigés pour bloquer l’accès aux grandes routes depuis les villes palestiniennes.
« Ici, à Ras Karkar, nous n’avons qu’une seule entrée et sortie »
Hatem Nofal, responsable de la commission d’urgence locale, décrit la situation à Ras Karkar : « Les portes sont fermées à clé. L’armée passe de la porte de Dar Ammar à celle de Kharbatha, puis ailleurs. Ce sont des rondes continues. Ici, à Ras Karkar, nous n’avons qu’une seule entrée et sortie, sans aucune route alternative. Cette route est très difficile et dangereuse : l’armée peut tirer, t’arrêter ou te laisser bloqué pendant des heures avec ta voiture. »
Depuis le début de la guerre Israël-Iran, les portes sont complètement fermées. À la porte d’Al-Askar, par exemple, il y a un blocus total. Les voitures ne peuvent pas passer, seuls les piétons peuvent traverser à pied. Dans un rayon de 500 mètres autour de Ras Karkar, cinq portes sont fermées, notamment celles de Ras Karkar, Deir Ammar et Kharbatha Bani Harith. Les habitants doivent marcher entre ces portes, parfois jusqu’à 400-500 mètres, avant de pouvoir prendre un véhicule pour se rendre à Ramallah ou au travail.
Les villages palestiniens de Ras Karkar et Al-Janiya, qui comptent ensemble entre 4 000 et 5 000 habitants, sont encerclés par sept à neuf colonies israéliennes. Le portail à l’entrée d’Al-Janiya est fermé depuis plus de 15 ans en raison de sa proximité avec une colonie israélienne.
Accéder à Ramallah : un parcours du combattant
L’hôpital public le plus proche de Ras Karkar se trouve à Ramallah, à 14 kilomètres. Pour s’y rendre, il faut marcher 400 à 500 mètres entre plusieurs portails verrouillés et espérer trouver un véhicule, ce qui est loin d’être garanti. Hatem Nofal souligne que, « avant, pour aller à l’hôpital de Ramallah, il fallait à peine 15 minutes. Maintenant, il faut marcher entre les portes, parfois sur 400 à 500 mètres, puis trouver une voiture. Le trajet prend au moins 45 minutes, parfois plus si l’armée bloque la route ou confisque les clés des voitures. »
La situation est telle que les habitants dépendent du bon vouloir des soldats pour faire passer des biens essentiels comme la nourriture, les médicaments et le gaz.
La pression coloniale réduit drastiquement l’espace constructible pour les Palestiniens. Sur 20 km², seulement 600 m² sont autorisés à la construction par les autorités israéliennes. Fin mai 2025, Israël a annoncé la légalisation de 22 nouveaux avant-postes en Cisjordanie, renforçant ainsi les restrictions de mouvement.
Le cas de Ras Karkar illustre la fragmentation de la Cisjordanie : près de 900 obstacles recensés, dont plus de 200 portails métalliques, et une expansion coloniale qui se poursuit malgré les condamnations internationales.
Source : OCHA, France 24
