Chute des ventes, hausse des coûts : les librairies indépendantes craignent de tourner leur dernière page

Chute des ventes, hausse des coûts : les librairies indépendantes craignent de tourner leur dernière page

L’ambiance était à l’inquiétude lors des Rencontres nationales de la librairie, les 7 et 8 juin derniers à Rennes. Amanda Spiegel, gérante de Folies d’encre à Montreuil (Seine-Saint-Denis) et vice-présidente du Syndicat de la librairie française (SLF), a alerté sur la détérioration continue de la situation des 3 400 librairies indépendantes en France. « Ça devient très, très dur », a-t-elle résumé.

Après le réseau Gibert, le groupe Nosoli, propriétaire du Furet du Nord, a demandé son placement en redressement judiciaire fin mai. La chaîne lyonnaise Decitre et Sauramps à Montpellier se trouvent également dans une situation délicate. Les librairies petites et moyennes subissent particulièrement ce choc. Par exemple, La Rêverie à Aire-sur-l’Adour, ouverte en 2021, a été placée en redressement judiciaire, et Les Parleuses à Nice a fermé après huit ans d’activité. Selon le Centre national du livre (CNL), le nombre de fermetures annuelles a doublé depuis 2023, passant de 30-40 à 60-75.

Une étude de l’Observatoire société & consommation (ObSoCo) révèle qu’environ 24 % des Français âgés de 18 à 75 ans achètent moins de livres qu’auparavant, tandis que 19 % en achètent davantage. La baisse des ventes dans les librairies indépendantes est attribuée à l’augmentation des non-acheteurs, qui représentent 33 % de la population en 2024, contre 22 % en 2019.

Les ventes de livres neufs ont baissé en France, affectées par la concurrence des grandes surfaces culturelles et des plateformes en ligne comme Amazon. En 2025, les ventes de livres ont connu un recul de 2,5 % en volume et de 1,5 % en valeur par rapport à l’année précédente. En 2024, les coûts des librairies représentaient environ 15 % de leur chiffre d’affaires, contre 10 % en 2005.

L’inflation a également renchéri les coûts des libraires, sans possibilité de répercuter ces hausses sur les prix des livres, dont l’augmentation a été limitée à 0,4 % au début de 2026, alors que l’inflation générale a atteint 2,3 %. Cela crée un « effet ciseaux » où le chiffre d’affaires diminue pendant que les coûts augmentent.

Face à cette situation, les libraires explorent des solutions comme la vente de livres d’occasion, la diversification de leurs offres et l’ouverture de cafés dans leurs établissements. Néanmoins, les aides du ministère de la Culture pour l’économie du livre ont diminué, suscitant des appels à un plan national en faveur de la lecture.

Les libraires envisagent également de taxer les grands acteurs de la filière pour redistribuer des fonds aux librairies indépendantes, bien que cette proposition ait rencontré des oppositions.

Source : Centre national du livre (CNL), Observatoire société & consommation (ObSoCo)

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