Un été en histoires. La chronique du curé d’e Husseren-Wesserling pendant la Grande Guerre

La chronique du curé d’Husseren-Wesserling pendant la Grande Guerre

C’est sur les étagères du musée Serret à Saint-Amarin que deux recueils intitulés « Chronique d’Husseren, 1914-1918 » attendent d’être découverts. Ces documents, rédigés par Édouard Moyses, curé de Husseren-Wesserling, offrent un aperçu précieux des événements survenus pendant la Première Guerre mondiale. Né en 1848 à Feldkirch, Moyses a été nommé curé en 1893 et était en fonction lors du déclenchement de la guerre en 1914.

Malgré l’imminence du conflit, le père Moyses se rend aux bains de Lastorf le 26 juillet 1914. Cependant, il revient à Husseren le 1er août, lorsque l’état de guerre est déclaré en Alsace. À son retour, il retrouve sa sœur, qui l’assiste au presbytère.

Le 7 août 1914, alors qu’il célèbre la messe, une fusillade éclate. Il décrit l’arrivée des soldats français et le repli des troupes allemandes. À 11 heures, il est témoin des premiers blessés, ignorant encore que Husseren est libéré après 44 ans de domination allemande.

Au cours du mois d’août, il note l’arrestation de plusieurs hommes soupçonnés d’être anti-français, ainsi qu’une perquisition au presbytère. Il exprime son indignation face à l’évacuation de son ami l’abbé Amann et d’autres hommes âgés de 17 à 45 ans, pour les soustraire à l’engagement dans l’armée allemande. Il évoque également un confinement imposé, avec des restrictions de circulation.

Moyses se retrouve dans une position ambiguë : bien qu’il soit en contact avec des prêtres-soldats, il n’a pas de lien avec les autorités militaires. Il vit sous l’administration française tout en relevant d’un évêque basé à Strasbourg, dans l’empire germanique. Sa chronique révèle une sympathie pour la France, malgré les tensions de l’époque.

Il est particulièrement affecté par l’exécution du soldat français Pierre Mestre, condamné pour avoir été pris de panique lors d’une mission. Moyses, qui se voit assigné à l’assister lors de son exécution, choisit finalement de demander l’aide d’un prêtre brancardier.

Les événements tragiques continuent avec des bombardements, dont l’un fait plusieurs victimes, y compris un réfugié thannois qu’il accompagne lors de ses derniers instants.

Moyses critique également les distractions laïques qui perturbent la vie religieuse, comme les séances de cinéma qui retardent les prières. Il se montre particulièrement mécontent des retraites aux flambeaux célébrées le 14 juillet, qu’il qualifie de « spectacle désolant ».

Peu avant l’armistice, il tombe gravement malade de la grippe espagnole, mais parvient à se rétablir. Le 11 novembre 1918, il note dans son journal que ce jour restera mémorable, avec le son des cloches célébrant la fin des hostilités.

Édouard Moyses décède en 1924 à Feldkirch, où il repose désormais. Ses chroniques demeurent un témoignage poignant de la vie d’un prêtre pendant la Grande Guerre, révélant les défis et les ambiguïtés d’une époque tumultueuse.

Source : DNA

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