Christopher Nolan à l’assaut de son épopée la plus ambitieuse : « L’Odyssée »

L’adaptation du texte d’Homère est le treizième film du réalisateur anglo-américain, avec, comme à son habitude, un casting trié sur le volet.

Il y a trois ans, l’été s’était teinté de rose fuchsia d’un côté, de gris et de sépia de l’autre. Oppenheimer de Christopher Nolan et Barbie, signé Greta Gerwig, couraient côte à côte au box-office, deux mastodontes de production hollywoodienne. C’est finalement la plongée historique de Christopher Nolan dans la création de la bombe atomique en 1945 qui a été nommée treize fois aux Oscars et a remporté sept statuettes. Au box-office mondial, cependant, c’est bien Barbie qui a largement pris les devants : 1,5 milliard de dollars contre environ 976 millions de dollars pour Oppenheimer.

En 2026, pas de concurrent d’ampleur à l’horizon, pas de contre-programmation de la part d’un studio rival. Personne ne se place entre Christopher Nolan et sa création. L’Odyssée, en salles le 15 juillet 2026, peut voguer sereinement sur les flots. Le film, sans doute le plus ambitieux du réalisateur à ce jour, est présenté comme une adaptation fidèle du texte d’Homère, l’une des œuvres fondatrices de la littérature occidentale.

Voici plus de dix-sept ans qu’Ulysse a quitté son royaume d’Ithaque pour mener la guerre vengeresse de son seigneur Agamemnon et de son frère Ménélas contre le royaume de Troie. Récupérer Hélène et des routes commerciales, surtout. La guerre a été gagnée dans un bain de sang, grâce à la ruse d’Ulysse. Depuis, bravant les mers et les monstres, ce dernier tente de rentrer chez lui afin d’y ramener les hommes qu’il lui reste et de retrouver son épouse Pénélope et son fils Télémaque.

Ces deux-là tentent tant bien que mal de tempérer la situation à Ithaque. Ulysse ne revenant pas, et le croyant tous morts, les prétendants s’amoncellent et occupent le château dans l’espoir d’obtenir la main de Pénélope et le trône du royaume. La loi de Zeus, que respectent scrupuleusement Ulysse et sa famille, indique que tout hôte se doit d’accueillir un étranger chez soi, de le nourrir et de lui fournir l’hospitalité, car celui-ci pourrait être un dieu déguisé. L’étau se resserre autour de Pénélope qui se voit bientôt contrainte de renoncer à Ulysse et de choisir l’un d’entre eux.

Christopher Nolan a un amour et une empathie certaine pour les hommes en errance, perdus dans un destin plus grand qu’eux. En lutte contre tout, contre eux-mêmes surtout, de Guy Pearce dans Memento à Matthew McConaughey dans Interstellar en passant par Leonardo DiCaprio dans Inception. Des hommes en exil – physiquement ou spirituellement – cherchant à retrouver leur femme, leur famille ou leur foyer, guidés par leur boussole morale et un sens du devoir.

L’Odyssée d’Homère permet au réalisateur anglo-américain d’aller au plus loin de ses questionnements moraux sur le devoir, la fatalité et la morale, trois pierres angulaires du texte. « Un texte intemporel et fondateur », selon lui. L’Odyssée est sans doute l’un des tout premiers récits sur le stress post-traumatique des soldats et sur l’impossible retour chez soi. Son Ulysse – porté par un Matt Damon statuaire – est irrésolu, il alterne entre conforter sa stature de héros et rejeter sa condition.

Comme toile de fond à cette exploration métaphysique, la cinématographie de L’Odyssée se déploie en mode XXL. Des milliers de figurants, des décors réels qui fourmillent de détails, des plans larges sur l’océan à perte de vue, le tout filmé en caméra IMAX. Christopher Nolan n’a jamais été un grand adorateur des fonds verts.

Leur contournement au maximum est ici le symbole de son véritable dévouement à ce film. Dans la distribution, tous et toutes ne s’intègrent pas parfaitement dans ce décor qui se veut plus vrai que nature. Les apparitions ponctuelles de Charlize Theron en Calypso et de Zendaya en Athéna détonnent, avec des visages trop lisses. En revanche, c’est sans doute dans ses rôles secondaires que le casting trouve ses plus sincères éclats, dans toute la sensibilité d’un Elliot Page en Sinon ou d’un John Leguizamo en Eumée.

Pénélope, interprétée par Anne Hathaway, n’est plus une simple épouse en attente désespérée du retour de son mari, mais une reine qui s’est maintenue à la tête d’un royaume pendant plus de dix-sept ans sans que jamais on ne lui accorde le droit d’y régner. Le film parvient à rendre ses lettres de noblesse à Hélène, qui sort de son statut de femme-objet, rappelant que la guerre de Troie ne s’est pas faite en son nom.

L’Odyssée exploite pleinement son matériel initial, portant à l’écran des parties que de précédentes adaptations avaient dû évincer. Peut-être aussi pour éviter l’effet catalogue que donne une succession de rencontres, qui ont tendance à casser le rythme du récit. Le budget et le temps, Christopher Nolan les a tous les deux. À lui de ne pas trop tirer sur la corde, au risque d’épuiser le spectateur. Les trois heures qui y mènent demeurent un spectaculaire et dangereux voyage, dans lequel on embarque volontiers.

Genre : Action, Aventure
Réalisation : Christopher Nolan
Avec : Matt Damon, Tom Holland, Anne Hathaway
Pays : États-Unis
Durée : 2h52
Sortie : 15 juillet 2026
Distributeur : Universal Studios
Synopsis : L’Odyssée est une épopée mythique tournée à travers le monde qui suit le retour d’Ulysse vers Ithaque.

Source : franceinfo

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