Chômeurs-créateurs : ces entrepreneurs que la France choisit de ne pas voir
Chaque année, la France organise des opérations « séduction » pour attirer des investisseurs étrangers, renforçant ainsi son attractivité économique. Le dernier sommet Choose France a permis de récolter près de 90 milliards d’euros d’investissements. Cependant, ce paradoxe souligne une tendance inquiétante : alors que le pays cherche à attirer des entreprises étrangères, les dispositifs d’aide à la création d’entreprise pour les Français, en particulier les demandeurs d’emploi, se réduisent.
En 2025, la France a enregistré environ 1,2 million de créations d’entreprises, dont un quart a été initié par des demandeurs d’emploi. Ces chiffres témoignent d’un engagement personnel fort, où des individus investissent temps, énergie et économies pour lancer leur propre activité. Historiquement soutenus par des politiques publiques, ces entrepreneurs font face à un recul des aides.
Un modèle français qui se fragilise
La France avait mis en place un dispositif unique permettant aux entrepreneurs de bénéficier d’un filet de sécurité tout en accédant à leurs droits au chômage. Ce système repose sur trois dispositifs clés : l’ACRE, le maintien de l’ARE et l’ARCE. L’ACRE offrait une exonération partielle des charges sociales durant les 12 premiers mois et, depuis 2018, était accessible à tous. Toutefois, des réformes successives ont limité cette exonération à 25 % et l’ont conditionnée.
L’ARE permettait aux demandeurs d’emploi de cumuler leur indemnité chômage avec leur projet entrepreneurial, mais les conditions de cumul ont été restreintes et complexifiées. L’ARCE, qui permettait de toucher ses droits sous forme de capital, a également vu ses conditions durcies, rendant ce dispositif moins attractif.
Bienvenue dans le monde de l’entre-deux
La politique entrepreneuriale française semble se concentrer sur deux extrêmes : d’un côté, le régime de la micro-entreprise, accessible mais limité, et de l’autre, les start-ups innovantes soutenues par des fonds publics. Cela crée un vide pour les Très Petites Entreprises (TPE) qui, bien que ne visant pas à devenir des licornes, jouent un rôle crucial dans l’économie locale. Ces TPE font face à un environnement opaque et à une fiscalité de plus en plus lourde, décourageant ainsi les initiatives.
Le coût caché du découragement
Le coût des aides publiques est visible dans les budgets, mais celui du renoncement entrepreneurial reste difficile à évaluer. En 2022, le DARES a estimé que 3,6 millions de personnes travaillaient dans 1,24 million de TPE. Chaque projet abandonné représente une activité économique manquée, des emplois non créés et des cotisations non versées. Il est essentiel d’évaluer le retour économique des dispositifs d’aide, notamment en termes d’impôts et de cotisations sociales générés par les entreprises créées par des demandeurs d’emploi.
Comment redonner confiance aux entrepreneurs de demain ?
Il est crucial de rétablir une cohérence entre les ambitions affichées et les moyens mobilisés. Quelques ajustements ciblés pourraient améliorer la situation :
- Rétablir un niveau d’ACRE plus favorable pour les chômeurs-créateurs qui optent pour un régime réel d’imposition.
- Simplifier l’accès au financement en unifiant les interlocuteurs pour les prêts à la création.
- Garantir une stabilité fiscale minimale pour les TPE sur cinq ans.
Les chômeurs-créateurs ne demandent pas un privilège, mais un environnement propice à la prise de risque et à la création de valeur. La France doit veiller à ne pas décourager ceux qui souhaitent entreprendre, car chaque entreprise créée par un demandeur d’emploi peut signifier un emploi créé et un territoire renforcé.
La question demeure : voulons-nous continuer à voir ces entrepreneurs comme un coût ou les considérer comme un investissement à long terme ?
Source : INSEE 2025 ; DARES, L’emploi dans les très petites entreprises en 2022, parution janvier 2024.


