"C'est légèrement plus scientifique que l'astrologie" : peut-on vraiment choisir l'embryon le plus intelligent ?

Peut-on vraiment choisir l’embryon le plus intelligent ?

Naître ou ne pas naître : la question pourrait bientôt dépendre de quelques points de QI et de 50 000 dollars. Plusieurs entreprises aux États-Unis proposent aux futurs parents ayant recours à la fécondation in vitro (FIV) de comparer leurs embryons selon leur intelligence supposée. Par exemple, la start-up Herasight fournit des estimations de QI, de taille ou de longévité, tandis que Nucleus ajoute des caractéristiques telles que la couleur des yeux et des cheveux.

Ces sociétés utilisent des scores polygéniques, élaborés à partir de milliers de variants génétiques associés à un trait. Patrick Turley, spécialiste de la prédiction polygénique à l’University of Southern California, explique que « l’on additionne de très petits effets pour obtenir un nombre correspondant au risque d’une personne, ou ici, d’un embryon ». Une étude citée par The Economist estime qu’en sélectionnant parmi dix embryons viables, le meilleur score polygénique pour l’intelligence pourrait entraîner un gain d’environ trois points de QI. Lorsque le choix se limite à deux ou trois embryons, comme c’est souvent le cas après une FIV, le bénéfice attendu diminue encore.

L’intelligence, à quelques probabilités près

Hank Greely, professeur à Stanford, souligne que tout est une question de probabilités. Selon les experts favorables à cette technologie, si l’on dispose de dix embryons, la variation de QI pourrait se situer entre trois et cinq points, mais cela reste incertain. Hervé Chneiweiss, président du comité d’éthique de l’Inserm, va plus loin en affirmant qu’appliquer des associations observées dans de grandes populations à un futur enfant relève de l’ »extrapolation d’extrapolation ». Il remet en question la validité d’un score de QI embryonnaire, le qualifiant d’absence de base scientifique sérieuse.

Le droit moins impressionné que le marketing

Le statut juridique du « bébé le plus intelligent » varie considérablement. En France, le diagnostic préimplantatoire est strictement encadré et ne permet pas de classer des embryons selon leur QI supposé. Au Royaume-Uni, certains tests embryonnaires sont autorisés, tandis que d’autres ne le sont pas. Aux États-Unis, l’encadrement reste flou, ce qui ouvre la porte à un marché moins régulé. Greely appelle à une exigence de preuves quant à l’efficacité des procédés avant leur commercialisation.

Soigner, améliorer, sélectionner

Le comité d’éthique de l’Inserm s’inquiète d’un glissement de la prévention médicale vers une logique d’optimisation. La question de la sélection embryonnaire soulève des préoccupations éthiques sur la notion d’un génome « maîtrisable » et « hiérarchisable ». Patrick Turley reconnait que cette approche peut être qualifiée d’eugénisme, mais défend l’idée qu’elle s’inscrit dans une logique probabiliste.

Pour Hank Greely, la promesse commerciale dépasse largement les résultats mesurables. Il estime que ces services sont « légèrement plus scientifiques que l’astrologie » et ne voit pas de scénario crédible de bébés massivement « optimisés ». En somme, les débats autour de la sélection embryonnaire soulèvent des questions éthiques et scientifiques complexes, sans pour autant garantir des résultats tangibles.

Source : L’Express

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