Chlordécone aux Antilles : le Parlement reconnaît la part de responsabilité de l’État

Chlordécone aux Antilles : le Parlement reconnaît la part de responsabilité de l’État

Le Parlement a adopté, le 2 juin, une loi reconnaissant la « part de responsabilité » de l’État dans le scandale du chlordécone aux Antilles, où plus de 90 % de la population est contaminée. Cette avancée est saluée par les parlementaires, bien que l’indemnisation des victimes ne soit qu’un « objectif » pour les pouvoirs publics.

Ce vote unanime de l’Assemblée nationale, avec 236 voix en faveur, a validé la proposition du député Élie Califer (Guadeloupe, groupe PS). Ce dernier a souligné que ce texte de compromis vise à restaurer une confiance profondément abîmée, tout en insistant sur la nécessité d’aller plus loin dans le processus de réparation.

Le chlordécone, un pesticide utilisé dans les bananeraies en Guadeloupe et à la Martinique jusqu’en 1993, a été reconnu comme dangereux par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Actuellement, plus de 90 % de la population adulte des deux îles est contaminée, selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), qui a établi en juillet 2021 un lien probable entre le chlordécone et le risque de cancer de la prostate.

Élie Califer a affirmé que si un tel empoisonnement avait touché 90 % de la population d’autres régions de France, la responsabilité de l’État aurait été reconnue plus tôt. La ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, a également reconnu que « l’État a sa part de responsabilités », tout en appelant à construire un dispositif de réparation juste et équitable.

Une mission d’inspection interministérielle a été mise en place pour examiner cette question, avec des visites programmées en Guadeloupe et en Martinique. Un rapport est attendu dans les mois à venir.

Le texte adopté prévoit que l’État reconnaisse sa responsabilité dans les préjudices sanitaires, moraux, écologiques et économiques subis par les territoires et leurs populations. Toutefois, les sénateurs ont modifié la formulation pour que l’État reconnaisse seulement sa « part » de responsabilité.

Le volet indemnitaire pour les victimes est considéré comme un objectif, ce qui a suscité des critiques parmi les parlementaires. Arthur Delaporte, député porte-parole du PS, a souligné que cette reconnaissance symbolique représente une première étape, mais que le combat doit se poursuivre pour établir les modalités d’indemnisation.

En Martinique, le président du conseil exécutif, Serge Letchimy, a salué le vote, affirmant qu’il fragmentait un système qui méprise les victimes. L’État devra également travailler à la dépollution des terres et des eaux contaminées, établir la recherche scientifique comme priorité nationale, et se pencher sur les pathologies spécifiques aux femmes.

À Pointe-à-Pitre, le maire Harry Durimel a qualifié cette avancée de significative, tout en rappelant que le combat pour la reconnaissance de la responsabilité de l’État est loin d’être terminé. La cour d’appel de Paris doit se prononcer le 22 juin sur la réouverture de l’enquête sur le chlordécone, à la suite d’un appel des parties civiles contestée.

Les victimes du chlordécone attendent des actions concrètes et efficaces. Me Christophe Lèguevaques, avocat des parties civiles, a insisté sur le fait que la reconnaissance de la responsabilité de l’État doit être suivie d’actions tangibles.

Source : La Croix

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