Scandale sanitaire du chlordécone : le non-lieu confirmé en appel
« Un jour sombre » pour les victimes du chlordécone : après deux décennies de procédures, la cour d’appel de Paris a confirmé, le 22 juin, le non-lieu dans l’affaire du chlordécone, pesticide controversé utilisé aux Antilles malgré des alertes sur sa nocivité. Cette décision met un terme à la possibilité de rouvrir l’enquête pénale.
La confirmation du non-lieu, prononcé en 2023 par deux juges d’instruction, a été annoncée par les avocats des parties civiles, Mes Rachid Madid, Olivier Tabone et Christophe Lèguevaques. Me Madid a exprimé sa déception, soulignant que ce verdict représente un « rendez-vous manqué » avec les ultramarins et une défiance envers l’institution judiciaire.
Me Lèguevaques a ajouté que cette décision accorde une « immunité » aux pollueurs, tandis que Me Harry Durimel, également maire de Pointe-à-Pitre, a affirmé que la prescription ne pouvait courir tant que l’empoisonnement, « caché », se poursuivait. Il reste optimiste quant à un éventuel recours en cassation.
Le chlordécone, utilisé dans les bananeraies pour lutter contre le charançon, est classé depuis 1979 comme agent possiblement cancérogène. Il peut persister dans les sols jusqu’à 600 ans. Selon l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), plus de 90 % de la population adulte en Guadeloupe et en Martinique est contaminée.
Marie Toussaint, eurodéputée écologiste, a dénoncé un « déni de justice » et a appelé à la création d’un tribunal spécial pour juger ces crimes non reconnus. Les réactions en Guadeloupe et en Martinique sont empreintes d’amertume, des collectifs dénonçant un jugement de « continuité coloniale » et une absence d’investigation sur le terrain.
Les magistrates ont reconnu un « scandale sanitaire » et une « atteinte environnementale » durables, mais ont souligné la difficulté de prouver des faits anciens. La loi récemment promulguée sur la responsabilité de l’État impose un délai d’un an au gouvernement pour présenter un rapport sur les modalités d’indemnisation.
Avec AFP
