La Chine : superpuissance agricole en devenir
La Chine place le développement de son agriculture et sa sécurité alimentaire au cœur de ses priorités nationales. Ces dernières années, elle a intégré ces enjeux au centre de sa diplomatie, notamment à travers l’initiative « une ceinture, une route » lancée en 2013 et sa direction de l’Organisation mondiale pour l’agriculture et l’alimentation (FAO) en 2019. La puissance chinoise aspire désormais à devenir un grand exportateur.
Produire avant tout
La Chine, grand pays très peuplé, n’a jamais sous-estimé l’importance de son secteur agricole. Après les grandes famines de l’ère Mao dans les années 1960, les réformes économiques ont conféré aux productions agricoles un rôle déterminant pour le progrès social et le désenclavement territorial. En 1980, il fallait nourrir un milliard de personnes. Aujourd’hui, avec une population de 1,4 milliard, les résultats agricoles domestiques sont probants. La Chine est devenue le premier producteur mondial dans plusieurs filières : 65 % des poissons aquacoles, 50 % de la viande porcine, 35 % des œufs, 25 % du riz, et 18 % du blé. Elle est également le premier producteur mondial de fruits, légumes, thé, ail, algues et pommes de terre.
La Chine ne cherche pas seulement à nourrir sa population, mais construit une véritable architecture de puissance agricole, intégrant innovations, industries et influences.
Innover toujours plus
Chaque année, le gouvernement chinois publie le « document central n°1 », qui souligne que l’agriculture est un enjeu fondamental de sécurité nationale. Ce document, publié début 2026, révèle une évolution significative dans la politique alimentaire chinoise. Alors que l’accent était historiquement mis sur l’autosuffisance en céréales, le gouvernement insiste désormais sur la qualité, l’efficacité et la modernisation du système productif. Il est également crucial de soutenir les revenus agricoles et d’améliorer les infrastructures rurales.
La Chine s’oriente vers une agriculture plus technologique, capable de répondre à une demande alimentaire en mutation et à une compétition internationale accrue. Cela repose sur l’innovation, avec un accent sur les biotechnologies, l’amélioration des semences, la mécanisation intelligente et l’utilisation accrue de drones et de capteurs.
Exporter davantage
Les récentes communications officielles confirment la volonté de la Chine de mieux coordonner ses importations agricoles avec sa production domestique. Pékin reconnaît certaines dépendances, notamment pour le soja et les produits laitiers, et souhaite gérer ces flux de manière stratégique.
En 2025, les exportations agricoles de la Chine ont atteint 90 milliards de dollars, plaçant le pays au 6e rang mondial des exportateurs, juste après la France. Malgré une balance commerciale agricole déficitaire d’environ 100 milliards de dollars, la Chine continue de renforcer sa position sur le marché mondial.
Pékin ne dévie pas de sa trajectoire : l’agriculture est vitale pour le pays et stratégique pour influencer les relations internationales. Avec son engagement croissant en matière de décarbonation et d’innovation, la Chine se positionne pour devenir un acteur incontournable sur la scène agricole mondiale.
Source : USDA Foreign Agricultural Service (2026), International Trade Centre (ITC TradeMap).
