Changer le régime ou le vassaliser ?
Dossier : Comprendre le chaos du monde
Que les États-Unis renversent un gouvernement étranger n’est pas une nouveauté. Cependant, les méthodes employées par Washington pour atteindre cet objectif ont évolué. Le « regime change » néoconservateur, qui a marqué les années Bush, ne semble plus être la stratégie privilégiée par l’actuelle administration.
L’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro et de son épouse, le 3 janvier dernier, a ravivé des débats sur la politique étrangère des États-Unis. Certains commentateurs évoquent un retour à une approche « impérialiste », alors que cette étiquette, jusqu’alors réservée à la Russie, semble être appliquée aux États-Unis. Cette perception peut être considérée comme simpliste, car, depuis la fin de la guerre froide, Washington a déjà montré une tendance à revenir à des opérations militaires de grande envergure. Cela a débuté sous la présidence de George H. W. Bush avec l’invasion du Panama en 1989, présentée comme une opération antidrogue, mais qui a violé le droit international.
Cette première intervention a ouvert la voie à un nouveau cycle d’interventions militaires, culminant avec l’invasion de l’Irak en 2003. Les occupations de l’Irak et de l’Afghanistan, suite aux attentats du 11 septembre 2001, se sont rapidement transformées en situations complexes, dont les États-Unis ont eu du mal à se sortir, mettant fin à leur présence en Irak en 2011 et en Afghanistan en 2021.
Ces échecs ont ravivé le « syndrome vietnamien », incitant les décideurs américains à revoir leur approche. Les leçons tirées de ces expériences — éviter les occupations prolongées, se fixer des objectifs clairs, frapper rapidement et privilégier les frappes aériennes plutôt que les troupes au sol — ont été réaffirmées, après avoir été largement ignorées par l’administration de George W. Bush.
Aujourd’hui, la question se pose de savoir si les États-Unis adopteront une stratégie de changement de régime ou s’ils chercheront à établir une forme de vassalité sur les pays visés, à l’instar de leur approche avec le Venezuela. Les implications de ces choix stratégiques seront cruciales pour l’avenir des relations internationales.
Source : Gilbert Achcar, Le Monde diplomatique, février 2026.
