Conséquences du changement climatique : les sénateurs alertent sur un dérapage du déficit public
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a déclaré sur France Inter le 30 juillet que le gouvernement se battra pour atteindre son objectif de ramener le déficit public à 5 % du PIB d’ici 2026, mais cela s’annonce difficile. L’augmentation des dépenses liées à la crise dans le détroit d’Ormuz, couplée à des vagues de chaleur répétées favorisant sécheresses et incendies, compromet cet objectif. Le 7 juillet, 3 milliards d’euros de crédits ont été gelés, portant le total à 9 milliards pour l’exercice 2026.
Une étude du ministère de la Transition écologique indique que la sécheresse de 2022 a coûté 5,6 milliards d’euros, dont 1,1 milliard de pertes directes en production agricole. Monique Barbut a estimé le 27 juillet que ces chiffres seront supérieurs en 2023. De plus, plus de 115 000 hectares ont été touchés par des incendies, faisant de cette saison la plus intense depuis la Seconde Guerre mondiale. Les premières estimations évoquent un coût des incendies en Gironde dépassant 500 millions d’euros pour la filière sylvicole.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé que l’État prendra en charge intégralement les indemnités d’activité partielle pour les entreprises des zones évacuées. Cependant, ces dépenses, bien qu’impactant le PIB, ne pèsent pas directement sur le budget de l’État. Selon la Banque de France, les pertes économiques directes dues au changement climatique ont représenté 0,2 % du PIB de l’Union européenne, soit environ 40 milliards d’euros.
Le sénateur Thierry Cozic, chef de file du PS sur les lois de finances, a critiqué le manque d’anticipation du gouvernement, affirmant que la France « paye aujourd’hui toutes les conséquences du macronisme ». Il a dénoncé un manque d’investissement dans la transition écologique et l’adaptation au changement climatique, rappelant l’annulation de 53 millions d’euros de crédits destinés à la Sécurité civile.
Les sénateurs ont également souligné l’insuffisance des moyens de lutte contre les incendies. Jean-François Husson, rapporteur général du budget au Sénat, a cité un rapport de 2023 du sénateur Jean-Pierre Vogel, qui a mis en évidence le manque de crédits pour la Sécurité civile. Les Services départementaux d’incendie et de secours (SDIS) font face à une pression financière croissante, alors que les dépenses contraintes des départements continuent d’augmenter.
Face à cette situation, les sénateurs s’interrogent sur la nécessité d’une loi de finances rectificative. Jean-François Husson a noté que les dépenses dépassent les prévisions et que la charge de la dette augmente. Éric Coquerel, président de la commission des finances de l’Assemblée nationale, a également évoqué cette possibilité pour financer l’aide aux sinistrés et renforcer les moyens aériens de lutte contre les incendies.
Thierry Cozic a plaidé pour inclure de nouvelles recettes, notamment sur les superprofits des entreprises, en particulier de Total. Cependant, avec les élections sénatoriales prévues le 27 septembre, le temps de travail parlementaire avant le projet de loi de finances de 2027 sera limité, ce qui pourrait entraîner un immobilisme budgétaire.
Source : Public Sénat



