La cen au XVIIIe siècle : entre contrôle et créativité
Au XVIIIe siècle, la cen était une réalité incontournable pour les écrivains français, qui devaient obtenir un privilège royal pour publier leurs œuvres. Ce privilège, délivré par la direction de la Librairie, accordait des droits exclusifs aux libraires et garantissait la qualité des livres, jugée suffisante pour mériter la protection du roi. Ainsi, toute la littérature officielle était soumise à cette cen.
Les censeurs, dont près de 200 noms figuraient dans l’Almanach royal, étaient des figures publiques respectées, parfois même des philosophes. Leur rôle ne se limitait pas à surveiller le contenu pour des motifs religieux ou politiques, mais se concentrait principalement sur la qualité littéraire. Dans leurs archives, les discussions portaient souvent sur des ouvrages jugés « fascinants » ou instructifs, et non sur des dangers idéologiques. Un censeur a même affirmé : « Je défends l’honneur de la littérature française. »
Malgré cette surveillance, la circulation des livres, notamment ceux des philosophes des Lumières, était florissante. Beaucoup d’entre eux imprimaient leurs ouvrages à l’étranger, notamment à Amsterdam ou Genève, pour échapper à la cen. L’instauration de la « permission tacite » vers 1750 a permis aux livres imprimés à Paris de paraître comme s’ils provenaient de l’étranger, bien qu’ils ne bénéficiaient pas du privilège royal.
Ce contexte a favorisé un foisonnement littéraire, avec une population d’écrivains passant de 1 800 à 3 000 entre le milieu du XVIIIe siècle et la Révolution française. Cependant, beaucoup vivaient dans la précarité. Pierre Manuel, par exemple, a connu des revers, étant emprisonné pour ses écrits, avant de connaître une carrière tumultueuse pendant la Révolution.
Ainsi, même sous un régime de cen stricte, la créativité littéraire n’a pas été étouffée. La France de la fin de l’Ancien Régime a vu émerger une multitude d’écrivains, prouvant que la cen, loin d’être un obstacle insurmontable, était parfois contournée avec ingéniosité.
Source : L’Histoire
