BTP : face aux canicules, les chantiers français contraints de s’adapter

Face aux canicules, les chantiers français contraints de s’adapter

Des températures atteignant 39 °C fin mai, treize départements en vigilance orange et un indicateur national thermique avoisinant 25 °C : la vague de chaleur qui a traversé la France est déjà suivie par l’annonce d’une nouvelle séquence caniculaire.

Les ouvriers du bâtiment et des travaux publics sont particulièrement touchés. Travailler sur un toit en zinc ou manipuler des enrobés routiers dans ces conditions représente un risque majeur. En 2023, Santé publique France a enregistré onze accidents du travail mortels liés à la chaleur, dont près de la moitié dans le secteur de la construction. Ces chiffres ne reflètent cependant qu’en partie l’impact à long terme et les conséquences indirectes des expositions répétées à de telles températures.

L’expérience étrangère des maîtres d’œuvre français

Les entreprises françaises sont déjà familiarisées avec le travail sous des contraintes thermiques extrêmes à l’étranger. Par exemple, Vinci a réalisé des projets au Qatar, comme la ligne rouge du métro de Doha, où des protocoles adaptés ont été expérimentés. La gestion du risque repose sur la me systématique de la température ressentie via l’indice WBGT. Lorsque cet indice dépasse 32,1 °C, les chantiers doivent être arrêtés. De plus, tout travail en plein soleil est interdit entre 10 h et 15 h 30 du 1er juin au 15 septembre.

Ces mes de sécurité ont permis d’afficher un taux d’accidents relativement bas, avec en moyenne un accident avec arrêt de travail toutes les 2 millions d’heures travaillées entre 2009 et 2021. D’autres entreprises, comme Bouygues et Eiffage, font face aux mêmes défis dans des environnements similaires.

Après le « bon sens », la loi

En France, la situation s’est aggravée. Le pays enregistre désormais en moyenne douze jours de canicule par an, contre trois dans les années 1980. Le décret n° 2025-482, entré en vigueur le 1er juillet 2025, a introduit un cadre réglementaire plus précis. Les entreprises doivent maintenant adapter leurs mes de prévention en fonction des alertes de Météo-France. En cas de chaleur intense, des actions minimales doivent être mises en place, telles que l’aménagement des horaires ou la mise à disposition d’espaces ombragés.

L’INRS estime qu’au-delà de 28 °C, le danger pour les travailleurs est avéré. Les témoignages recueillis sur le site gouvernemental « plusfraisautravail.beta.gouv.fr » indiquent que des températures atteignent parfois jusqu’à 45 °C sur certains chantiers. Ces conditions peuvent entraîner non seulement des coups de chaleur, mais aussi une fatigue précoce et une baisse de la concentration, augmentant ainsi les risques d’accidents.

L’impasse des contraintes croisées

L’application de ce cadre légal se heurte à des réalités logistiques. Bien que la théorie préconise de décaler les horaires, cela peut s’avérer difficile dans des zones urbaines denses. À Nîmes, par exemple, sur le chantier du tramway en 2021, les équipes n’ont pas pu commencer les travaux à l’aube en raison de restrictions sonores visant à protéger le confort des riverains. Ainsi, certains chantiers continuent d’opérer selon des horaires classiques, exposant les ouvriers aux pics de chaleur de l’après-midi.

Le secteur du BTP se trouve donc face à un dilemme : mener à bien ses projets tout en protégeant la santé de ses travailleurs.

Source : Santé publique France, INRS

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