Canicule : La faune vivant dans les sols est affamée
Les vers de terre, essentiels à la fertilité des sols, souffrent gravement des sécheresses prolongées. Le chercheur Frank Hagedorn met en garde contre les conséquences écologiques à long terme pour la Suisse.
Une interdiction totale d’arroser pendant plusieurs semaines peut entraîner une perte importante de végétation et, par ricochet, de biodiversité. Mais les conséquences d’une canicule vont bien au-delà de l’aspect esthétique, explique Frank Hagedorn de l’institut de recherche sur la forêt, la neige et le paysage WSL à Keystone-ATS.
Une vague de chaleur accompagnée d’une sécheresse soumet les sols et les organismes qui y vivent à un stress immédiat. Sans humidité suffisante, les sols ne peuvent plus fournir efficacement de nutriments aux plantes. Les organismes essentiels au maintien de la fertilité du sol, comme les vers de terre, disparaissent. À me que ces organismes deviennent inactifs ou meurent, le cycle des nutriments ralentit considérablement, limitant encore davantage la disponibilité des nutriments pour les plantes.
Pour les organismes du sol, les vagues de chaleur sont particulièrement critiques. Les vers de terre ont une température optimale comprise entre 10 et 18 degrés et dépendent de sols humides pour les échanges gazeux. Pendant les courtes périodes de chaleur et de sécheresse, ils s’enfouissent plus profondément dans le sol et entrent dans un état de dormance. Cependant, une sécheresse prolongée provoque la famine chez ces organismes. Pendant leur dormance, ils ne peuvent pas se nourrir, mais ont besoin d’énergie pour maintenir leurs fonctions métaboliques de base. Si les conditions de sécheresse persistent, ils finissent par mourir de dessiccation.
À long terme, les sécheresses estivales répétées réduisent les populations de la faune du sol, constituant un facteur limitant pour la biodiversité et le fonctionnement des écosystèmes.
Néanmoins, les sols et leurs communautés biologiques peuvent se rétablir après des précipitations. L’ampleur et la rapidité de ce rétablissement dépendent de l’intensité et de la durée de la vague de chaleur et de la sécheresse. Cependant, la sécheresse peut rendre les sols hydrofuges, réduisant l’infiltration des eaux de pluie et favorisant l’érosion. Cela augmente également le risque d’inondations après des épisodes pluvieux intenses. Plusieurs semaines peuvent s’écouler avant que le sol ne soit entièrement réhumidifié et que les processus biologiques ne retrouvent leur fonctionnement normal.
Source : ATS Agence télégraphique suisse.