Canicule, sécheresse, incendies… 6 chiffres qui montrent la crise agricole en cours
Un champ de maïs dans l’Aveyron, ce vendredi 7 août.

Un champ de maïs dans l’Aveyron, ce vendredi 7 août. LUC AUFFRET / ANADOLU VIA AFP

Cette semaine, la France se prépare à traverser sa cinquième canicule de l’année. Le bilan cumulé des quatre précédentes s’annonce déjà catastrophique pour l’agriculture. Depuis fin juin, les agriculteurs subissent les effets des vagues de chaleur successives et d’un manque d’eau chronique dû à la sécheresse.

Avec un déficit de pluie de près de 70 %, juillet 2026 a été le troisième mois de juillet le moins arrosé en France, aggravant la sécheresse superficielle des sols. Avec une moyenne de 24,9 °C, c’est également le mois le plus chaud jamais enregistré en France, devant août 2003 (24,8 °C) et juillet 2006 (24,4 °C). Fin juillet, « les sols sont encore plus secs qu’en 2022 et 2025 à la même période, atteignant des niveaux équivalents aux plus bas jamais enregistrés » en août 2022.

99 départements concernés

Selon le gouvernement, 99 des 101 départements français sont touchés par la sécheresse, dont 67 en situation de crise, avec des restrictions importantes.

Une cellule nationale sécheresse a été activée au ministère de l’Agriculture. La ministre Annie Genevard a demandé à chaque préfet de désigner un référent sécheresse et de créer, sans délai, une cellule départementale afin d’établir un diagnostic précis. Les aides du plan en cours de préparation seront calibrées sur la base des remontées d’informations des cellules au niveau des préfectures.

Jusqu’à 50 % de pertes dans les filières maraîchères

« C’est la catastrophe. » Les maraîchers figurent parmi les premières victimes de la crise, avec des pertes pouvant atteindre 50 % des tonnages annuels en France, selon la fédération de producteurs légumes de France, affiliée à la FNSEA.

« En mâche, jeunes pousses, salades, carottes, poireaux, échalotes, ail, oignons, les pertes s’élèvent en milliers de tonnes par produits. »

La ministre de l’Agriculture a reconnu un effondrement des productions de plein champ. « Pour la production française de légumes de plein champ, cela tourne à “l’annus horribilis” », a déclaré Sylvestre Bertucelli, directeur général de Légumes de France.

Le Grand Ouest, peu adapté aux fortes chaleurs, est particulièrement touché. La récolte de petits pois y était en repli de près de 30 % dès la mi-juillet. En Bretagne, « 100 % des brocolis et des artichauts » ainsi que la plupart des jeunes plants de choux-fleurs non irrigués « sont détruits », a affirmé Cyril Pogu, coprésident de Légumes de France, ce qui aura des conséquences sur les étals à partir de l’automne.

Production de maïs attendue en repli de 35 %

Le maïs, entré en floraison en pleine deuxième vague de chaleur mi-juillet, voit sa production désormais attendue en repli de 35 %, à 9 millions de tonnes, soit le plus bas niveau depuis 1980.

Les rendements du maïs non irrigué pourraient chuter de 50 à 70 % dans certaines régions.

La récolte de blé, très précoce cette année, a baissé de 4,3 % à 31,9 millions de tonnes.

Pousse des prairies inférieure de 30 %

La pousse des prairies, utilisées pour le pâturage ou le fourrage, est quasiment à l’arrêt depuis fin mai, avec une pousse cumulée de 30 % inférieure à la moyenne 1989-2018. Dans les Landes, elle pourrait même atteindre jusqu’à 90 %.

Le service statistique du ministère explique que le manque d’eau persistant depuis plusieurs mois, couplé aux périodes de canicule, a ralenti la pousse voire détruit l’herbe dans les prairies.

Ce troupeau de vaches dans le Gers, photographié le 28 juillet dernier, n’avait déjà plus d’herbe à brouter.

Ce troupeau de vaches dans le Gers, photographié le 28 juillet dernier, n’avait déjà plus d’herbe à brouter. JEAN-MARC BARRERE / HANS LUCAS VIA AFP

Les pâturages grillés obligent de nombreux éleveurs à entamer leurs stocks de foin pour l’hiver, ce qui impacte la qualité du lait et des fromages, et risque de créer des tensions en fin d’hiver.

2 à 3 millions de volailles retrouvées mortes

Le premier épisode de canicule est généralement le plus sévère pour les animaux, selon David Renaudeau, directeur de recherche à l’Inrae Bretagne-Normandie. Cela a été le cas pour les élevages de volailles dans l’Ouest lors de la vague de chaleur de juin, avec des pertes de 2 à 3 millions d’animaux, soit environ 1 % de la production annuelle.

Le risque de mortalité est moindre pour les bovins et les cochons, mais la production laitière baisse drastiquement en cas de forte chaleur, avec des pertes pouvant aller jusqu’à 30 %. Dès le mois de mai, la collecte laitière a baissé de 1,1 %.

« Des milliards d’euros »

Le gouvernement a annoncé un plan « global » pour ne laisser « aucun agriculteur seul », avec des mes d’urgence pour compenser les difficultés économiques et faciliter l’accès des agriculteurs à l’eau. Toutefois, le ministère de l’Agriculture a indiqué qu’il faudrait attendre fin août pour estimer précisément les pertes et calibrer les aides.

Pour l’été 2022, le coût économique de la sécheresse avait été évalué à 5,6 milliards d’euros, dont 1,1 milliard de pertes de production agricole. Cette année, ces chiffres devraient être supérieurs, a anticipé la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut.

« On parle de milliards d’euros », a déclaré Arnaud Rousseau, président de la FNSEA, appelant à un choc de réactivité pour aider les agriculteurs face à cette crise inédite.

L’annonce de ce plan intervient après le vote définitif, fin juillet, du projet de loi d’urgence pour la protection et la souveraineté agricoles, qui fait actuellement l’objet de contestations.

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