Face au risque de canicule intense, le ministère de la Santé appelle les soignants à protéger en urgence les publics fragiles dont les personnes en situation de handicap. Pourquoi sont-elles plus à risque ? Explications.
Face à la canicule sur une large partie de la France, le ministère de la Santé a adressé jeudi 18 juin 2026 un message aux professionnels de santé pour les inviter à sensibiliser leurs patients, surtout les plus fragiles, aux risques ainsi qu’aux recommandations de prévention.
« Nous vous sollicitons pour sensibiliser les patients, en particulier les personnes les plus fragiles (personnes âgées, femmes enceintes, nourrissons et jeunes enfants, personnes en situation de handicap, malades chroniques et personnes prenant certains médicaments pouvant majorer les effets de la chaleur ou gêner l’adaptation de l’organisme à la chaleur), aux risques liés à la chaleur et leur relayer les recommandations de prévention », y écrivent le directeur général de la Santé, Didier Lepelletier, celui de l’Offre de soins, Hugo Gilardi, et le directeur général adjoint de la Cohésion sociale, Benjamin Voisin.
Un deuxième épisode de fortes chaleurs intense et durable
Alors que la France, déjà frappée en mai par des températures inédites pour ce mois, subit un deuxième épisode de fortes chaleurs intense et durable, leur « DGS urgent » rappelle aux professionnels de santé plusieurs mes de prévention individuelles pouvant être préconisées à leurs patients.
« Les messages relatifs au bon recours aux soins peuvent également être relayés », ajoute le ministère de la Santé, soulignant qu’« en dehors des situations d’urgence, il convient de privilégier le recours au médecin traitant ou, en son absence, à toute autre offre de soins de ville du territoire afin de contribuer à préserver les capacités de prise en charge des services d’urgence ».
Des registres communaux pour les personnes vulnérables
Et « les personnes âgées de 65 ans ou plus ou en situation de handicap doivent être encouragées à s’inscrire sur le registre communal mis à disposition de la plupart des mairies afin de bénéficier d’actions de soutien ». « L’ensemble des services de l’Etat est mobilisé pour diffuser les messages de prévention et mettre en place les mes de protection individuelles et collectives nécessaires », fait valoir le ministère. Le numéro vert « Canicule Info Service » (0 800 06 66 66 de 9h à 19h) a été réactivé jeudi 18 juin 2026.
L’action de l’État vivement critiquée par les ONG
L’Etat « continue à méconnaître l’urgence climatique » et « faillit à protéger la population face aux risques climatiques », en particulier les plus fragiles, a estimé l’ONG Oxfam dans un rapport jeudi 18 juin 2026. « Ilôts de chaleur urbains », logements « bouilloires » : les quartiers populaires sont xposés à la précarité énergétique d’été, a rappelé la Fondation pour le logement des défavorisés dans un autre rapport. La chaleur a causé la mort de 5 722 personnes à l’été 2025 en France, selon Santé publique France.
Pourquoi les personnes en situation de handicap sont plus fragiles face aux canicules ?
La vulnérabilité des personnes handicapées face aux vagues de chaleur s’explique par deux facteurs majeurs. D’une part, certaines pathologies (lésions médullaires, sclérose en plaques) perturbent directement les mécanismes biologiques de thermorégulation, comme la sudation ou la dilatation des vaisseaux. Pour éviter la surchauffe, le corps humain active plusieurs systèmes : la transpiration, la dilatation des vaisseaux sanguins ou encore l’augmentation du rythme cardiaque. Or, chez certaines personnes atteintes de lésions médullaires, de paraplégie ou de tétraplégie, ces mécanismes fonctionnent moins bien. « Quand il fait très chaud, je peux rester des heures sans réaliser que mon corps est en train de surchauffer. Je ne transpire presque plus », explique Julien, tétraplégique depuis un accident de la route.
D’autre part, les troubles cognitifs ou neurodégénératifs (maladies d’Alzheimer ou de Parkinson) altèrent fréquemment la perception de la soif et la capacité à identifier les signaux d’alarme de la déshydratation, rendant le danger invisible pour la personne concernée. Les conséquences peuvent être rapides : maux de tête, confusion, somnolence, nausées, voire coup de chaleur nécessitant une prise en charge urgente.
Autisme : quand la chaleur devient une agression sensorielle
La canicule peut également avoir des effets moins visibles mais tout aussi invalidants chez certaines personnes autistes. Les troubles du spectre de l’autisme s’accompagnent fréquemment d’hypersensibilités sensorielles. Une température élevée, la sensation de transpiration sur la peau, certains vêtements ou le bruit permanent des ventilateurs peuvent générer un stress important. « L’été, j’ai l’impression que mon cerveau est constamment agressé », témoigne Clara, 27 ans, diagnostiquée autiste. Cette surcharge sensorielle peut accentuer la fatigue, l’anxiété et les difficultés à réaliser les activités du quotidien.
Alors que les épisodes de chaleur extrême deviennent plus fréquents sous l’effet du dérèglement climatique, les experts appellent à mieux prendre en compte ces vulnérabilités spécifiques. Car derrière un même thermomètre, tous les corps ne sont pas égaux face à la chaleur.
Source : Agence France-Presse
