Canicule et troubles psys : « C’est l’angoisse puissance 1000 avec cette chaleur »
25 juin 2026 à 15h30

Durée de lecture : 3 minutes

«Ces derniers jours à rester enfermée, seule dans le noir à travailler, ont été très durs.» Lisa [1], 25 ans, vit dans un petit appartement à Paris et souffre d’un trouble anxio-dépressif. La vague de chaleur qui accable la France l’a contraint à restreindre ses déplacements pour chercher la fraîcheur, rendant son état psychologique plus vulnérable. Les fortes chaleurs perturbent la thermorégulation du corps humain, affectant l’équilibre neuropsychique de tous, mais particulièrement ceux qui souffrent de troubles psychiques. Les nuits tropicales perturbent le sommeil, altérant la régulation émotionnelle et accentuant l’irritabilité et l’anxiété. De plus, la hausse des températures entraîne une augmentation de la sécrétion de cortisol, l’hormone du stress. Sur les réseaux sociaux, de nombreux témoignages évoquent un certain mal-être. C’est «angoisse puissance 1000 avec cette chaleur», écrit Martine sous un post Instagram. «Le sommeil perturbé déclenche très vite un épuisement intense», ajoute Olivia. «Depuis que je suis sous traitement, les étés, la chaleur est beaucoup plus dure qu’avant», poursuit Jennie. Cette fournaise affecte autant les corps que les esprits. «Les canicules sont des moments de repli au domicile qui peuvent accentuer la sensation de solitude, souligne le Dr Marion Robin, pédopsychiatre à l’Institut Montsouris. Elle diminue les activités sociales et physiques protectrices de la santé, telles que le sport et voir ses proches. Les personnes âgées, les adolescents et les jeunes adultes y sont particulièrement sensibles.»

Une tolérance à la chaleur perturbée par les antidépresseurs

Pour les personnes atteintes de troubles de la santé mentale, cette vague de chaleur augmente les facteurs de vulnérabilité, entraînant une exposition accrue à la dépression et à l’anxiété. Les médicaments utilisés pour réguler leurs symptômes peuvent également les rendre plus sensibles aux coups de chaleur. «Quand on est déshydraté, on ne métabolise pas aussi efficacement les médicaments, ce qui peut amener à une diminution de l’effet recherché selon les molécules», indique le Dr Robin. Certains antidépresseurs perturbent la tolérance à la chaleur en empêchant la sudation ou en déséquilibrant la thermorégulation. «On se sent vaseux, on a du mal à respirer, au point que j’ai fait un malaise en pleine journée de travail», confie Lisa. «Il y a des pics d’hospitalisation et d’enregistrement de consultation lors des canicules», souligne le Dr Robin. Selon une étude publiée dans la revue Environnement international en 2021, chaque augmentation de température de 1 °C entraîne une augmentation de 2,2 % des risques de mortalité et de 1 % des risques de morbidité liés à la santé mentale. Ce constat est corroboré par des recherches menées par une équipe de psychiatres et climatologues français, publiées dans la revue The European Journal of Psychiatry en 2024 : «Les patients souffrant de psychose, de démence ou de troubles de l’humeur graves tels que la dépression présentent une altération cognitive notable qui pourrait les empêcher d’adopter un comportement adapté en cas de chaleur extrême, entraînant une déshydratation, une confusion, puis des visites aux urgences.»

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