Les prairies ont grillé sans regain possible : la canicule, une « catastrophe » pour l’agriculture
Prairies grillées, céréales à la peine et production laitière en berne : alors que la France traverse un nouvel épisode de canicule, les syndicats agricoles tirent la sonnette d’alarme, redoutant de lourdes pertes de rendements, même si aucun bilan national n’est encore consolidé. La FNSEA, principal syndicat agricole, a alerté sur « une situation d’une gravité inédite » et a demandé au Premier ministre un « plan de soutien exceptionnel » pour l’agriculture française. La Confédération paysanne, troisième syndicat, s’est particulièrement inquiétée pour les prairies, qui « ont grillé sans regain possible », laissant les éleveurs dans une situation précaire.
Animaux à la peine
Lors de la canicule de juin, « 9 127 tonnes d’animaux morts », principalement des volailles, ont été prises en charge par l’État, concentrées en grande partie dans le Grand Ouest, la Bretagne représentant plus des deux tiers des volumes, a déclaré la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard. Bien qu’elle ait jugé la situation sanitaire « sous contrôle », elle a reconnu des tensions, car certains animaux ne pouvaient pas être équarris, en particulier des volailles qui ont parfois dû être enfouies sur place.
La perte de potentiel de production de volailles est actuellement « limitée à environ 1 % de la production annuelle nationale ». En 2003, la canicule avait entraîné la mort de quatre à cinq millions de volailles, mais la plupart des éleveurs sont mieux préparés aujourd’hui. Cependant, dans le Grand Ouest, « les éleveurs de porcs font état de pertes atteignant 30 % en porcherie », selon la FNSEA. La production laitière a également chuté de 10 à 30 % en raison de la chaleur, les vaches utilisant leur énergie pour réguler leur température. Parallèlement, les prix du lait ont diminué de 10 % par rapport à mai 2025, selon le service statistique du ministère.
Prairies et céréales sur le gril
Les cultures subissent des dommages variés selon leur stade de maturité. La moisson du blé s’achève avec une « bonne qualité » de grain, mais des rendements inférieurs à la moyenne sont attendus en raison d’une année climatique difficile, marquée par des pluies abondantes l’hiver et des vagues de chaleur au printemps. La production de maïs, quant à elle, est incertaine, car en cas de chaleur excessive, le pollen peut brûler, empêchant la formation des grains.
La production de maïs est désormais attendue en repli de 30 % en France, à 9,5 millions de tonnes, un niveau qui n’a pas été atteint depuis 26 ans, selon l’AGPM. La sécheresse exceptionnelle, aggravée par la canicule, a conduit à des prairies en état de dégradation avancée, selon les fédérations d’éleveurs.
Pour les éleveurs laitiers, la situation est critique : « coûts de production qui explosent avec l’achat de fourrage et d’équipements pour soulager les animaux de la chaleur, alors même que les prix du lait restent bas », souligne la Confédération paysanne.
Maraîchers en difficulté, vigne résiliente
Les producteurs de fruits et légumes, notamment les melons du Centre-Ouest, souffrent également. Les parcelles non irriguées ont perdu jusqu’à 50 % de leur rendement potentiel. Début juillet, les pertes économiques pour les fruits et légumes frais atteignaient près de 25 %, selon la FNSEA. En revanche, le vignoble semble plus résilient, à condition que l’eau soit suffisante en juillet pour favoriser la croissance des raisins, sans quoi des problèmes de rendement pourraient survenir.
Source : AFP
