Canicule de juin 2026 : lien entre surmortalité et taux de climatisation ?
Soixante-douze départements en vigilance rouge, des températures moyennes jamais enregistrées auparavant : la canicule qui a touché la France en juin 2026 a marqué par sa précocité, son intensité, mais surtout sa durabilité, l’épisode ayant duré presque deux semaines.
Le bilan humain de cette canicule est le deuxième plus important jamais enregistré dans notre pays, derrière la canicule de 2003, selon les estimations de Santé publique France. Du 17 juin au 2 juillet, dans les 92 départements concernés par les alertes canicule, 5 764 décès en excès ont été observés, soit des morts supplémentaires par rapport à ce que l’on attend en temps normal pour la même période et la même région.
Un internaute a suggéré que cette surmortalité pourrait s’expliquer par un manque de climatisation dans les logements en France. Pour étayer son hypothèse, il a mis en relation deux cartes : l’une représentant la surmortalité observée dans chaque département lors de l’épisode caniculaire de juin, et l’autre présentant une estimation du taux d’équipement des logements en climatisation en juin 2026, publiée par la start-up Hello Watt.
Le constat semble frappant : la seule région épargnée par la surmortalité est la côte méditerranéenne, où plus de 45 % des logements sont climatisés. Cependant, cette corrélation n’établit pas nécessairement une causalité. D’autres variables, telles que les différentes vigilances canicule, éclairent différemment le débat. En effet, le sud-est de la France a été beaucoup moins touché par les épisodes caniculaires que le reste du pays.
Pour Kévin Jean, épidémiologiste et enseignant-chercheur à l’ENS-PSL, « la canicule de juin a surtout tué le plus dans les régions qui ont fait face aux plus hauts niveaux de chaleur, ce qui n’était pas le cas du Sud-Est ». Plus de la moitié (56 %) des excès de décès ont été concentrés sur les journées du 25 au 27 juin, période durant laquelle les températures moyennes sur 24 heures ont été les plus élevées jamais enregistrées en France, tous mois confondus, selon Météo France.
Au plus fort de la canicule, le sud-est du pays est resté majoritairement en vigilance orange ou jaune, tandis que d’autres départements passaient au rouge. Santé Publique France a souligné que toutes les régions ont été concernées par un excès de mortalité, à l’exception de la Corse, de l’Occitanie et de la Provence-Alpes-Côte-d’Azur, qui ont été exposées à la chaleur de manière moins intense.
L’analyse des températures hétérogènes sur le territoire n’est pas évoquée par certains internautes, ce qui détourne, selon Kévin Jean, le débat vers une « énième tentative de restreindre les enjeux d’adaptation au changement climatique à la question de la climatisation ».
Les écarts de mortalité selon les régions au mois de juin s’expliquent majoritairement par le différentiel de températures. Basile Chaix, épidémiologiste et directeur de recherche à l’Inserm, rappelle que les régions habituées aux températures extrêmes sont mieux équipées pour y faire face, construisant des « logements différents » et ayant des habitudes de vie adaptées aux périodes de canicule.
Si le taux de climatisation n’est pas le facteur principal de réduction de la mortalité sur la côte méditerranéenne, son aspect protecteur est indéniable. Basile Chaix note que « même ceux qui se sont opposés longtemps à la climatisation admettent aujourd’hui qu’on ne peut pas s’en passer pour les personnes les plus vulnérables ».
Une étude canadienne de 2025 a conclu que la surmortalité liée à la chaleur est beaucoup plus faible dans les établissements équipés de climatisation. En France, les travaux scientifiques sur la question sont encore peu nombreux, en raison de la relative rareté des épisodes caniculaires et de l’adoption récente de la climatisation dans divers espaces.
Un rapport de Santé Publique France publié en 2019 a expliqué que l’accès à des pièces climatisées lors de la canicule de 2003 faisait partie des principaux facteurs associés à une diminution significative du risque de décès.
Cependant, démocratiser la climatisation sans réfléchir à une adaptation plus globale des logements et des pratiques pourrait aggraver les températures dans les grands pôles urbains. Une étude de 2020 menée par le CNRS, Météo-France et l’École des Points a souligné que l’air chaud rejeté dans les rues par les climatiseurs pourrait détériorer les conditions de vie des populations les plus modestes.
Sources : Santé publique France, Météo France.

