Canal Seine-Nord Europe : un chantier titanesque, dont personne ne sait à quoi il doit servir

Canal Seine-Nord Europe : Un Projet Contesté à l’Heure de Vérité

Le chantier du canal Seine-Nord Europe, un couloir fluvial de 107 km devant relier le canal du Nord à la Seine, est au cœur de tensions croissantes. Du 9 au 12 juillet, des manifestations sont programmées dans le Pas-de-Calais, orchestrées par le collectif « Mégacanal non merci » et les « Soulèvements de la Terre ». Ces groupes militent pour l’abandon du projet, arguant que son impact sur les milieux naturels et les zones humides serait considérable. De plus, le coût prévisionnel du chantier a explosé, passant de 2,6 à 7 milliards d’euros.

Malgré des décennies d’études et d’expertises, les promoteurs n’ont pas réussi à convaincre de la pertinence du projet. Deux rapports récents de la Cour des comptes et du Comité d’orientation des infrastructures (COI) valident une partie des arguments des opposants. En réponse, les partisans du projet, dont le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, affirment que le chantier est déjà « irréversible », bien que seulement 15 % des marchés aient été attribués.

David Valence, président du COI, a noté lors d’une audition au Sénat que peu d’avancées concrètes avaient été réalisées, et il estime que la fin du second semestre 2026 pourrait marquer un tournant critique pour le projet.

Hypothèses Optimistes et Concurrence

Pour justifier la construction de ce canal, la Société du canal Seine-Nord Europe (SCSNE) mise sur un report massif des marchandises de la route vers la voie fluviale, espérant éviter un million de camions d’ici 2100. Cependant, cette projection repose sur des hypothèses jugées « exagérément optimistes », selon les services de l’État.

La Cour des comptes met en garde : un trafic de marchandises moins favorable pourrait rendre le projet « destructeur de valeur », entraînant un gaspillage d’argent public. Un député Insoumis, Jean-François Coulomme, a souligné que ces grands projets d’infrastructure manquent souvent d’études socio-économiques solides.

Le projet s’inscrit également dans une rivalité entre le nord de la France et la Normandie, où Dunkerque pourrait potentiellement concurrencer Le Havre en tant que port majeur.

Conséquences Économiques et Environnementales

Les opposants dénoncent que le mégacanal pourrait nuire au transport ferroviaire, car les marchandises transportées par péniche ne sont pas celles qui circulent actuellement par camion. De plus, ce projet pourrait favoriser l’exportation de céréales, ce qui inquiète la batellerie artisanale.

Les partisans du projet avancent que la Commission européenne finance un tiers du coût et que le chantier pourrait générer 15 000 emplois directs et indirects. Cependant, ces chiffres sont contestés par des membres du collectif « Mégacanal non merci », qui les estiment irréalistes.

Pour que le transfert modal de marchandises soit efficace, une taxe carbone sur les poids lourds pourrait être nécessaire, rendant le transport fluvial plus compétitif par rapport à la route. Cette question demeure sans réponse claire, alors que le gouvernement semble privilégier l’électrification des poids lourds.

Face à ces enjeux, le temps presse pour la prise de décisions cruciales concernant le projet, qui pourrait avoir des répercussions significatives sur l’économie et l’environnement en France.

Source : Reporterre

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